Les limites de votre sphère d’influence
La plupart des leaders forts font preuve d’une grande capacité à influencer les autres. C’est vrai dans bien des sphères de la vie, et on le constate certainement souvent dans les entreprises familiales.
À mesure que la société a évolué au cours des dernières décennies (je suis là depuis les années 60), la façon dont cette influence se manifeste a pas mal changé.
J’ai grandi dans une entreprise familiale, et la plupart des cinq premières décennies de ma vie ont été très fortement influencées par mon père, qui était l’un de ces leaders forts.
Les temps changent
Alors que nous approchons du 10e anniversaire du décès de mon père, et en raison de mon travail auprès des familles en affaires, j’ai réfléchi à l’influence que mon père a eue sur moi pendant une bonne partie de ma vie.
Comme je l’ai écrit il y a quelques semaines dans Cinq forces de l’entreprise familiale à mettre à profit, il y a quelque chose de « magique » dans les entreprises familiales.
J’y mentionnais :
« C’est peut-être l’une de ces choses qu’il faut
vivre pour vraiment comprendre en profondeur.
Ces éléments intangibles ont des aspects qui
se manifestent dans les bons comme dans les mauvais moments. »
Le bon côté et le mauvais côté
Ce que je n’avais pas souligné, c’est qu’il en existe aussi des variantes positives et négatives.
Et cela nous ramène à la question de l’influence que nous avons sur les autres.
Certaines personnes profitent grandement de modèles positifs dans différents aspects de leur vie.
Avoir un parent formidable, c’est merveilleux, et
avoir un patron formidable aussi.
Quand ce patron est aussi le parent,
les choses peuvent parfois se compliquer.
Il voulait un successeur
J’ai déjà raconté cette histoire de vive voix, mais je ne l’avais jamais mise par écrit jusqu’à maintenant. Elle remonte à mon enfance, mais ce n’est que des décennies plus tard que j’ai pu voir ce qui s’était passé.
Mon père était un entrepreneur, j’étais son seul fils et, pour lui, cela voulait dire que je devais lui succéder. Qu’est-ce que j’en savais?
Eh bien, je « savais » qu’on s’attendait à ce que je sois à la hauteur de ce devoir. Encore cette histoire d’influence.
Ai-je déjà eu l’impression d’avoir un autre choix?
En un mot : « Non ».
« Tu devrais devenir prêtre »
Pendant ce temps, ma grand-mère (du côté de ma mère) a habité avec nous jusqu’à ce que j’aie environ quinze ans.
Elle était devenue assez pieuse sur ses vieux jours, et elle me disait souvent qu’elle pensait que je devrais devenir prêtre.
J’en riais à l’époque. Aujourd’hui, avec le recul, j’apprécie sa sagesse.
Mais sa capacité à influencer ma vie était bien plus limitée que celle de mon père.
La formation en théorie de Bowen
Alors que je poursuis ma propre transformation, de spécialiste du « cercle de l’entreprise » à quelqu’un qui préfère œuvrer dans le « cercle de la famille », la théorie des systèmes familiaux de Bowen a été l’une de mes influences majeures.
Et figurez-vous qu’un bon nombre des autres participants à la formation du Bowen Center for the Study of the Family de Georgetown se trouvent justement à être membres du clergé.
Ma grand-mère me sourit-elle de là-haut? Mon père hoche-t-il la tête en signe de désapprobation?
Je ne sais pas.
Et l’influence sur « soi »?
Ce que je sais, c’est qu’en tant que parent, j’ai fait de gros efforts pour NE PAS trop influencer mes enfants. Je préfère leur permettre de faire la plupart de leurs propres choix, et j’essaie simplement de « ne pas me mettre dans leur chemin ».
Je viens d’inventer l’expression « influence sur soi » et une recherche rapide sur Google m’a appris que d’autres m’ont devancé.
Bien sûr, mes collègues bowéniens secouent peut-être la tête en ce moment, sachant que le concept de « différenciation du soi » est la « pierre angulaire » de la théorie de Bowen.
Une sphère d’influence limitée
Je dois relier tout cela à mon titre, qui parle des « limites » de la sphère d’influence de chacun.
Je suppose que je voulais en venir au fait que votre influence sur les autres « devrait être » limitée. Le passage sur les changements dans la société y touche un peu.
Mais l’autre limite est temporelle.
Votre temps, mon temps
Les dirigeants d’entreprises familiales ont tendance à croire que leur influence leur survivra. Beaucoup d’entre eux finissent par avoir bien tort à ce sujet.
Si vous « surinfluencez » les gens d’une manière qui ne les rejoint pas vraiment et ne les satisfait pas intrinsèquement, cette influence se dissipera rapidement, comme dans « tout de suite après vos funérailles ».
Si, par contre, vous travaillez à votre héritage familial en vous concentrant sur le capital humain de chaque membre de la famille, vos chances sont bien meilleures.
P.-S. Je suis content de ne pas être devenu prêtre! (Désolé, Oma.)
