L’an dernier, un procès au Nouveau-Brunswick (Canada) a vraiment retenu mon attention. C’était un procès pour meurtre, à la suite de la mort d’un homme riche et en vue, battu à mort à une seule province de chez moi, et pas très loin de notre chalet familial.
Ce qui a aussi piqué mon intérêt, c’est que même si le meurtre remontait à 2011, l’arrestation n’a eu lieu qu’en 2013, et le procès devait finalement commencer en septembre 2015.
Comme je travaille avec des familles en affaires et des familles fortunées, le fait que l’homme jugé était le fils unique de la victime a aussi éveillé ma curiosité. Une personne poussée au parricide, wow, on ne voit pas ça tous les jours, certainement pas dans une petite ville du Nouveau-Brunswick.
Plutôt que de vous raconter le contexte de cette affaire, voici un lien vers un article du National Post signé Christie Blatchford, qui a couvert sa part de procès médiatisés.
Cet article a paru après la première journée de ce procès très attendu; il plante donc bien le décor sans dévoiler la fin.
J’ai commencé à suivre le procès sur Twitter dès son ouverture en septembre. Une poignée de journalistes locaux y assistaient chaque jour et donnaient à leurs abonnés un compte rendu détaillé de chaque échange dans la salle d’audience, jour après jour, semaine après semaine.
Puis un jour de novembre, j’étais à mon chalet et j’ai décidé de faire deux heures de route pour aller voir les choses par moi-même. Je n’avais aucune idée de l’expérience surréaliste qui m’attendait.
Je me suis dit que je devais faire ce voyage, comme une sorte de projet de recherche, parce que combien d’autres occasions aurais-je d’avoir une place aux premières loges d’un procès pour meurtre qui faisait les manchettes?
Ce jour-là, l’audience devait commencer à 13 h 30; j’ai donc quitté le chalet vers 11 h pour me rendre à Saint John. J’ai garé ma voiture vers 13 h 15, ayant sous-estimé la durée du trajet.
Je me suis dépêché vers le palais de justice et j’ai soudain réalisé que je n’avais aucune idée d’où j’allais, ni même si on me laisserait entrer. J’ai remarqué un petit groupe de journalistes à l’extérieur qui attendaient, caméras en main, l’arrivée de l’accusé.
Je me suis approché de la porte d’entrée et j’ai remarqué le système de sécurité, semblable à celui qu’on voit dans n’importe quel aéroport. J’ai fait comme si je savais ce que je faisais, j’ai enlevé ma montre et ma ceinture, et je suis passé par le détecteur de métal. Une fois de l’autre côté, j’ai ramassé mes affaires et, en remettant ma ceinture, j’ai aperçu un visage familier, celui d’un homme de quelques années plus jeune que moi.
« Hé, qui est ce gars-là? Il me dit quelque chose », me suis-je dit. « Ah oui, c’est vrai, c’est l’accusé, c’est de là que je connais ce visage. » (WTF!?) L’homme souriant a passé la sécurité juste derrière moi, avec son avocat; il a poliment salué le personnel du palais de justice et s’est dirigé vers l’ascenseur.
J’ai soudain réalisé que je ne savais toujours pas où j’allais, et je ne voulais pas demander, voulant avoir l’air d’être à ma place, et non d’un intrus. Alors, sans trop y réfléchir, je me suis précipité vers l’ascenseur pour me joindre au duo, sachant que l’étage où je voulais aller était aussi celui où ils se rendaient.
Quelques heures plus tôt, j’étais à mon chalet, et voilà que je me trouvais dans un ascenseur avec un homme accusé de meurtre et son avocat. Ce que je ne ferais pas pour en apprendre davantage sur les familles en affaires et les dysfonctions qu’elles engendrent!
L’ascenseur s’est arrêté et je les ai laissés sortir avant moi. J’ai remarqué une salle d’audience bourdonnante devant nous, et j’ai décidé d’essayer de trouver des toilettes.
Pendant ma visite aux toilettes, j’ai texté ma femme pour lui parler de mon trajet surréaliste en ascenseur, et elle m’a vite répondu en me demandant si mon « nouvel ami » avait les fers aux pieds et les menottes aux poignets. « Non, mais pas d’inquiétude non plus, il n’a aucune raison de vouloir me tuer. »
La suite la semaine prochaine.