Le conseil aux entreprises familiales est considéré par certains comme un marché de niche, puisque nous ne sommes pas très nombreux à nous présenter comme spécialistes dans ce domaine. Le patrimoine familial, en revanche, semble être un domaine beaucoup plus encombré, peut-être parce que tant de grands acteurs institutionnels œuvrent dans la gestion de patrimoine.
Aujourd’hui, je veux examiner certaines des similitudes et certaines des différences, et même ajouter quelques autres termes pour discuter des variantes des deux.
Au niveau le plus élémentaire, la différence clé tient généralement à l’existence ou à l’absence d’une entreprise en exploitation. Quand une famille possède et exploite une entreprise, avec des installations, des employés et la vente de biens et de services, on parle généralement d’une entreprise familiale.
Dans le cas où une famille possède une grande richesse, mais que cette richesse prend surtout la forme d’actifs financiers, habituellement plutôt liquides, on a tendance à parler de familles fortunées. Il existe même des termes comme particuliers fortunés (HNWI) et particuliers très fortunés (UHNWI), selon qu’ils possèdent par exemple 10 M$ ou 500 M$.
Bien sûr, beaucoup de familles n’entrent pas aussi nettement dans l’une ou l’autre catégorie, puisque certaines réussissent à se retirer d’un secteur d’activité et à convertir cette partie en richesse liquide, tout en conservant une autre société d’exploitation active. Ou encore, une famille peut prendre une partie de sa richesse liquide et l’investir pour démarrer ou acheter une autre entreprise.
Ce que toutes ces familles ont en commun, toutefois, c’est que les décisions qu’elles prennent n’ont pas seulement une incidence sur leur entreprise ou leur argent, mais aussi sur de nombreux membres de leur famille. Quand vient le temps de réfléchir à la façon dont l’entreprise ou le patrimoine passera de la génération des parents à leurs enfants, puis aux petits-enfants, bien des aspects peuvent devenir délicats.
Le Family Firm Institute, une organisation mondiale établie à Boston, offre des cours et des certifications à ceux qui conseillent ce genre de familles. J’ai récemment terminé le niveau initial du Certificate in Family Business Advising (CBFA) ainsi que du Certificate in Family Wealth Advising (CFWA).
Je suivrai leur cours sur la gouvernance familiale à partir de janvier, puisqu’il est exigé pour les deux versions avancées de ces certificats (ACFBA et ACFWA). Bon nombre des cours de ces certificats en conseil aux entreprises familiales et en conseil en patrimoine familial s’appliquent aux deux.
Au Canada, l’IFEA, l’Institute of Family Enterprise Advisors, décerne le titre « FEA », où le mot « Enterprise » est utilisé comme terme fourre-tout, englobant à la fois l’entreprise et le patrimoine, en raison des nombreuses similitudes et de la difficulté à étiqueter ces familles.
Une grande partie de la recherche dans ce domaine porte actuellement sur l’entrepreneuriat et la création de « familles entrepreneuriales », ce qui est souvent nécessaire pour que les actifs de la famille croissent aussi rapidement que le nombre de membres de la famille, qui augmente de façon géométrique à chaque génération.
Tom Davidow, un vétéran de ce domaine et dirigeant du cabinet-conseil qui porte son nom, mentionne tout particulièrement les familles du secteur immobilier sur son site Web, car il fait remarquer qu’elles présentent bon nombre des caractéristiques du monde du patrimoine, mais aussi une composante d’exploitation et certains enjeux fiscaux délicats en raison de la façon dont ces actifs sont souvent détenus.
J’ai rencontré Davidow cette semaine lors d’une conférence sur les bureaux familiaux (family offices), un autre terme qui n’est pas toujours bien compris, mais qui se situe souvent à l’intersection de l’entreprise familiale et du patrimoine familial.
Un bureau familial est généralement mis sur pied pour répondre aux besoins d’une seule famille (bureau unifamilial, ou SFO) ou aux besoins de plusieurs familles (bureau multifamilial, ou MFO), et peut compter d’un seul employé à des dizaines de membres du personnel.
Il existe de nombreux noms, et on ne s’entend pas toujours sur ce qu’ils signifient. Mais quand une famille possède une grande quantité d’actifs, destinés à rester dans la famille au cours des générations à venir, il est important de se rappeler que les « affaires de famille » ne se règlent pas toujours d’elles-mêmes.
