Il y a des années, j’ai entendu quelqu’un dire que, contrairement à la plupart des gens qui se demandent QUAND ils vont mourir, il préférerait savoir OÙ il allait mourir. De cette façon, il pourrait tout simplement éviter d’aller à cet endroit jusqu’à ce qu’il soit prêt.
J’ai depuis raconté cette histoire bien des fois, et pour une raison quelconque, j’utilise presque toujours Toronto dans mon exemple. C’est peut-être parce que, en tant que Montréalais de toujours, la rivalité naturelle entre les deux villes semblait bien s’y prêter.
J’ai récemment eu une raison (et le temps) de repenser à cette vieille histoire, alors que j’ai passé plus de temps que prévu à attendre à l’aéroport de Montréal un vol à destination de Toronto.
Je devais m’envoler vers Toronto avec une compagnie aérienne que je préfère ne pas nommer, mais disons simplement que son nom rime avec « quarter ».
Je devais assister à un cours le lundi à 8 h 30, et comme je ne voulais pas sacrifier toute ma fin de semaine en famille, j’avais réservé une place sur leur vol du dimanche à 20 h 10, qui arrivait commodément à l’aéroport Billy Bishop, tout près de mon hôtel du centre-ville.
Je suis arrivé à l’aéroport et j’ai tout de suite remarqué plus de monde que d’habitude, et beaucoup de gens se plaignaient. J’ai vite appris que le système informatique de la compagnie était tombé en panne plus tôt dans la journée à cause d’un bogue, et qu’on essayait en vain de rattraper le retard.
Il était 19 h, et on m’a dit que mon vol partirait à 22 h 35. Bon, je vais me coucher tard, mais vers minuit je devrais être à mon hôtel, ce n’est pas grave.
Je pourrais m’étendre sur la façon dont l’heure de départ a été repoussée encore et encore, mais nous avons tous vécu ça. Après qu’on l’a repoussée à minuit, un avion est arrivé à notre porte à 23 h 45, et je me suis dit : « Ah, super, il est là, on va partir bientôt ». HA HA HA. Cet avion reste ici pour la nuit. Notre avion vient de quitter Halifax.
À ce moment-là, j’ai commencé à penser que quelqu’un essayait peut-être de me dire que je ne devais PAS aller à Toronto.
Nous avons finalement embarqué vers 1 h, mais une fois dans l’avion, on nous a dit qu’il était trop tard pour atterrir à Billy Bishop. D’accord, pensons-nous tous, nous irons à Pearson, plus loin du centre-ville, mais à cette heure-ci, il n’y aura pas de circulation, alors ce n’est pas si grave.
Mais NON, ce serait trop logique. Après l’embarquement, nous avons appris que nous irions dans une ville voisine, appelons-la Shlamilton. Grand soupir collectif.
Bon, ce n’est pas tout à fait vrai. Il y avait un gars content, qui habitait là. Mais attendez, mais voyons donc, et si c’était vraiment Shlamilton que je devais éviter? Je ne peux même plus descendre de l’avion! C’est peut-être la fin.
Pas le temps d’y penser, un bébé qui pleure me change les idées. Quelques minutes plus tard, il arrête, mais il est vite relayé par le bébé numéro deux.
Nous avons atterri à Shlamilton à 2 h 30 et sommes montés dans un autobus (sauf l’heureux gars qui a pris un taxi pour rentrer chez lui). L’autobus nous a menés à Billy Bishop juste avant 4 h.
Il y avait 4 taxis qui attendaient, et plus de 30 personnes dans l’autobus. D’autres plaisirs nous attendaient…
Ce fut une longue journée de voyage, mais j’y suis arrivé et j’ai fini par m’endormir vers 4 h 30. Peut-être que je n’ai pas besoin d’éviter Shlamilton? Peut-être que je devrais éviter « quarter »? Ou peut-être que je dois m’assurer que mon testament est à jour.