Prendre parti dans une entreprise familiale
J’écris parfois sur la gestion et la résolution des conflits, parce que les entreprises familiales regorgent d’occasions de chocs de personnalités et d’idées.
(Voir : Embracing Conflict in Family Business & FamBiz : Conflict is NOT an option)
Mais ce billet sera un peu différent de ceux que j’ai écrits par le passé.
Aujourd’hui, je veux plonger dans un conflit familial et demander aux lecteurs quel camp ils choisiraient dans une guerre fictive entre deux clans d’une même famille.
La famille Guerrero
Vince et Walt Guerrero sont les deux frères aînés de la famille propriétaire d’une usine spécialisée dans une ville moyenne du Nord.
Leur père, Guillermo, a fondé l’entreprise il y a une quarantaine d’années et se prépare à prendre sa retraite, en laissant l’entreprise à ses quatre enfants.
Sabrina et Teresa, les deux plus jeunes de la fratrie, travaillaient aussi dans l’entreprise, mais elles sont toutes deux parties parce qu’il y avait tout simplement trop de conflits.
Le camp de Vince ou celui de Walt?
Vince et Walt ne voient pas vraiment les choses du même œil sur bien des sujets, et chacun veut devenir le nouveau président quand leur père prendra enfin sa retraite.
Sabrina et Teresa s’entendent très bien entre elles, elles aiment leurs deux frères autant l’un que l’autre, et les garçons essaient constamment de rallier leurs sœurs à leur camp sur chaque question.
Quel camp devraient-elles choisir?
Un scénario courant
Si le scénario que je viens de décrire est en fait assez typique, la question que je vous pose ne l’est pas.
Bien sûr, il n’y a pas assez d’information pour donner une réponse raisonnable à la question, et j’ai déjà consacré quelques centaines de mots à la décrire.
C’est en fait une question vraiment bête, parce que je vous demande de « prendre parti » alors qu’il n’y a en réalité aucun camp à choisir!
Un exemple tiré d’un groupe d’étude
Ce billet diffère aussi de mon format habituel en ceci : d’ordinaire, je commence par donner un peu de contexte sur la genèse du billet, mais cette fois, je l’ai gardé pour ici, au milieu.
Je fais partie d’un groupe d’étude entre pairs du Family Firm Institute (FFI), et nous avons tenu récemment une rencontre où certains d’entre nous se sont réunis pour discuter de divers sujets, dont quelques cas réels sur lesquels nous travaillons.
Un drame familial conflictuel
Un membre du groupe a parlé de deux frères et sœurs qui étaient constamment en confrontation, et du fait que les autres membres de la famille essayaient toujours de décider lequel des deux appuyer.
Une membre de longue date du FFI joue le rôle de mentore et d’animatrice lors de nos appels, et elle a fait une remarque qui m’a interpellé; je l’ai donc notée, avec l’intention de l’utiliser dans un billet.
Nancy a dit : « Ah, donc ils prennent parti alors qu’il n’y a en réalité aucun camp à choisir! »
« Bingo! », me suis-je dit.
De quel côté êtes-vous?
Ce que Nancy voulait dire (je crois!), c’est que même si les belligérants essaient d’en faire une affaire de « mon camp » contre « son camp », toute autre personne qui voit les choses ainsi tombe dans un piège.
Prendre parti est habituellement un faux choix.
Oh, je comprends que cela arrive dans les entreprises familiales, et cela arrive encore beaucoup trop souvent.
Les membres de la famille qui travaillent ensemble ou gèrent des actifs ensemble ne verront pas toujours les choses de la même façon et essaieront souvent d’amener les autres à se ranger de leur côté dans chaque dispute, mais cela ne veut pas dire que les autres membres de la famille doivent s’y plier!
Intérêts ou positions
Si vous avez lu ne serait-ce qu’un peu sur la négociation, vous avez probablement entendu parler de la différence entre les « positions » et les « intérêts ».
« Getting to Yes » de Fisher et Ury est le premier endroit où je me souviens d’avoir lu à ce sujet, et c’était dans les années 1980; ce n’est donc rien de nouveau.
Si chaque partie s’en tient simplement à sa position, la négociation restera probablement un jeu à somme nulle, où tout gain d’une partie est une perte pour l’autre.
Camper sur ses positions
Parfois, dans une négociation, les deux parties campent vraiment sur leurs positions, habituellement parce qu’un aspect émotionnel du conflit les empêche de lâcher prise.
Et oui, parfois, dans les entreprises familiales, les gens se retrouvent dans des conflits compliqués par des enjeux émotionnels.
Aller au-delà de leurs positions
Pour avoir de meilleures chances d’arriver à une résolution, il faut aller au-delà de leurs « positions » (À ma façon / J’ai raison) et atteindre leurs intérêts.
Ensuite, lorsque vous trouvez les intérêts communs aux deux parties, il y a matière à travailler.
Les autres membres de la famille peuvent-ils éviter de prendre parti et chercher plutôt des intérêts communs?
Je l’espère bien!
