Family business and legacy adviser

De suggérer à gérer dans l’entreprise familiale

Suggestion box

Parler couramment plus d’une langue comporte de nombreux avantages, dont la plupart sont assez évidents.

Ayant vécu à Montréal toute ma vie, j’en fais l’expérience tous les jours. Il ne se passe pas une journée sans que j’utilise à la fois le français et l’anglais.

Facilitation = rendre les choses plus faciles

Chaque langue compte des mots qui viennent d’autres langues, et quand on parle couramment les deux, certaines choses peuvent sembler évidentes alors que d’autres pourraient ne pas les remarquer.

Il y a des années, dans le programme Family Enterprise Advisor que je suivais à Toronto, nous étions dans le module sur la « facilitation », et certains de mes collègues unilingues anglophones n’étaient pas tout à fait certains du sens du mot.

Je leur ai donné mon interprétation : le mot « facile » en français se traduit habituellement par « easy » en anglais, donc la facilitation consiste simplement à « rendre les choses plus faciles ».

Certains sont moins évidents

Des exemples comme celui-là sont assez faciles à repérer, mais d’autres sont moins frappants, comme celui qui a inspiré ce billet.

Tout a commencé avec un documentaire que j’ai regardé l’été dernier, en français, sur Felipe Alou, originaire de la République dominicaine.

Alou a connu une belle carrière au baseball, d’abord comme joueur, puis comme gérant des Expos de Montréal.

Promu gérant

Alou a commencé la saison 1992 comme « instructeur de banc » des Expos, essentiellement l’« adjoint » du gérant recrue, Tom Runnells.

Runnells était le patron, et Alou était là pour l’appuyer.

Mais ce gérant était dépassé par les événements et demandait souvent l’avis d’Alou, qui était plus âgé et avait beaucoup plus d’expérience.

Lorsque Runnells a été congédié moins de deux mois après le début de sa première saison, Alou a obtenu le poste de gérant, comme bien des partisans l’avaient espéré.

Faire des suggestions

C’est ici qu’intervient la question de la langue. Le documentaire était en français, mais la plupart des entrevues étaient en anglais, alors il y avait des sous-titres en français.

Alou expliquait, en anglais, comment les choses se passaient au début de la saison, lorsqu’il était le second.

Il a mentionné qu’il faisait des suggestions à Runnells (« suggesting »), puis que tout à coup, il gérait lui-même l’équipe (« managing »).

Le verbe anglais « to suggest » se traduit en français par « suggérer ».

Et le verbe anglais « to manage » se dit « gérer ».

Attendez, quoi?

Alors, « faire des suggestions » équivaudrait à « sous-gérer »???

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Les sous-titres comme repère visuel

N’eût été des sous-titres que je lisais (sans vraie raison, d’ailleurs, puisque je comprenais l’anglais parlé!), cela ne m’aurait pas frappé.

Mais c’était là, à la vue de tous : le grand pas qu’Alou avait dû franchir pour passer de « suggérer » à « gérer ».

Monter en grade, une étape à la fois

Le moment est venu pour moi d’amener ce billet dans l’univers de l’entreprise familiale. J’ai confiance que certains lecteurs me suivent déjà.

Laissez-moi vous raconter mes souvenirs d’une partie de ma propre histoire, lorsque je travaillais avec mon père, il y a des décennies.

Au début, mes suggestions sur certains sujets étaient bien accueillies. À mesure que mes idées se révélaient bonnes, elles étaient acceptées sans grand débat.

Passer de la parole aux actes

À un certain moment, on m’a aussi confié la mise en œuvre de certaines idées, à mesure que je démontrais qu’on pouvait me faire confiance.

Bien sûr, au début, je validais les choses avec lui avant d’agir, puis, avec le temps, j’agissais et je lui transmettais l’information après coup.

Finalement, je faisais ce qui devait être fait, et parfois je ne pensais même pas à l’en informer.

À bien des égards, j’ai franchi les étapes de « suggérer » à « gérer » comme Felipe Alou, mais sur une plus longue période.

J’ai pu bénéficier de ce délai plus long parce que mon père et moi avions prévu une plus longue période de chevauchement.

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Changements radicaux : en cas d’urgence seulement

Le congédiement du gérant d’une équipe de baseball ne ressemble en rien à la relève dans une entreprise familiale, du moins quant à la façon dont elle devrait se faire.

Sauf en cas de décès subit ou d’accident, une entreprise familiale disposera, espérons-le, du temps nécessaire pour emprunter la voie lente.

« Ils ne sont pas prêts »

On entend souvent parler de la génération aux commandes qui refuse de lâcher les rênes (voir le syndrome du bâton collant, demandez au prince Charles)

Peut-être que parfois, ceux qui dirigent ne savent tout simplement pas par où commencer?

Il n’est pas nécessaire de passer le flambeau aux plus jeunes en une seule étape.

Accepter des suggestions, et même en demander, pourrait être une excellente première étape. Et il n’est jamais trop tôt pour commencer!

Plus le chevauchement est long, plus il est facile d’assurer une transition en douceur.

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