Certains mots anglais portent généralement une connotation positive ou négative, mais il existe des contextes où tout peut être renversé.
L’univers de l’entreprise familiale semble regorger d’exemples, ce qui en fait l’une de mes cibles préférées ici.
L’un de ces mots est « surrender » (capituler, se rendre), et les lecteurs réguliers ne seront pas surpris que j’examine quelques traductions françaises en cours de route.
Capituler : abandonner ou céder?
Commençons donc par la traduction française que nous donne Google, où le premier mot proposé est « abandon ». C’était aussi la réponse de ma femme quand je lui ai demandé comment on dit « surrender » en français. Je lui ai répondu : « Euh, ce n’est pas vraiment ce que je cherche ».
Bien sûr, après que je lui ai dit que Google confirmait sa réponse, elle m’a lancé « le regard ». J’imagine qu’« abandon » a une connotation aussi négative que « surrender ».
La deuxième option de Google était « céder ». Ceux qui, comme moi, ont appris à conduire au Québec il y a des décennies savent que les panneaux routiers triangulaires jaunes que l’on voit aux voies d’insertion indiquaient autrefois « céder/yield ».
Je soutiendrais que « céder » ne porte pas une connotation aussi négative que « capituler ».
Des exemples négatifs tirés de l’entreprise familiale
J’ai deux ou trois histoires à ce sujet que je peux raconter, rien que des derniers mois, de familles qui ont communiqué avec moi. Je changerai certains détails pour des raisons évidentes, mais je veux m’assurer que le sentiment de capitulation transparaisse.
Jack et Rhonda m’ont contacté au sujet de leur entreprise manufacturière, qu’ils avaient fondée il y a une quarantaine d’années. Leur fils Frank dirigeait maintenant l’entreprise, et ce, depuis cinq ans. La femme de Frank occupait aussi un poste assez élevé dans les opérations.
Pendant ce temps, Jack et Rhonda avaient lentement mais sûrement été relégués à des rôles très mineurs, ce qui, au début, ne les dérangeait pas vraiment.
Les choses semblaient entre de bonnes mains avec la génération suivante, et ils accueillaient avec plaisir un mode de vie plus détendu.
Spectateurs de l’extérieur
Les parents demeuraient actionnaires majoritaires, mais ayant désormais cédé à peu près toute la gestion quotidienne de l’entreprise, ils avaient du mal à faire avancer avec leur fils la transition de la propriété, puisqu’il ne voyait aucune raison pour que sa sœur fasse même partie de la conversation.
La capitulation des parents dans les opérations avait des conséquences imprévues sur les discussions concernant la propriété.
Passons maintenant à une autre famille, où trois frères et sœurs sont copropriétaires d’une entreprise fondée par leur père, décédé il y a longtemps. L’entreprise a un conseil d’administration entièrement indépendant, auquel siègent tous les membres de la fratrie.
Capituler devant son frère ou sa sœur?
L’un d’eux, qui n’est pas l’aîné, est président-directeur général, un autre est vice-président et le troisième dirige une division distincte.
Quand les choses allaient bien, tout le monde était content. Quand les choses ont commencé à mal tourner, les deux qui ne sont pas PDG ont eu du mal à céder la direction de l’entreprise au PDG.
En théorie, le conseil devrait servir de tampon ici, mais quand trois propriétaires à parts égales siègent aussi au conseil, ça ne fonctionne parfois pas aussi bien en pratique qu’en théorie.
Une capitulation positive… est-ce possible?
Comme je l’ai laissé entendre plus haut, il doit bien exister des exemples positifs de capitulation dans une entreprise familiale.
L’idée m’est venue d’un enregistrement de méditation que j’écoutais, intitulé « Learning to Surrender » (de Sarah Blondin; j’en suis un grand admirateur).
La clé d’une capitulation positive, c’est votre attitude, et c’est vraiment une attitude d’équanimité qu’il faut. Voir Equanimity : Yours for only $250 Million.
Je terminerai par l’histoire d’une famille avec qui je travaille depuis quelques années maintenant.
La sérénité bientôt (sinon maintenant)
Lors d’une récente réunion du conseil de famille, le père a informé ses 4 enfants qu’il annoncerait bientôt qu’il quittait la présidence de l’entreprise.
Il a ensuite ajouté que, quelques mois plus tard, il prévoyait annoncer aux employés que la relève accédait à la propriété et à des postes de plus haut niveau.
Leur mère était assise à côté de lui avec un sourire fier, pendant qu’ils parlaient de leurs projets de voyager davantage tant qu’ils pouvaient encore vraiment en profiter, et de passer plus de temps avec leurs petits-enfants, de plus en plus nombreux.
Je pense que nous pouvons tous convenir que ça ressemble à une capitulation positive, que bien d’autres aimeraient imiter.
