Les professionnels qui offrent des services aux entreprises familiales viennent de divers domaines, mais malgré tout, la plupart d’entre eux ont beaucoup en commun. Qu’ils soient comptables, avocats, fiscalistes, gestionnaires de patrimoine ou spécialistes en assurance, ils traitent généralement de questions d’affaires et de finances.
Si nous parlons d’entreprises familiales, pourquoi n’y en a-t-il aucun qui s’occupe de la famille? En vérité, il existe des gens qui se spécialisent dans le cercle de la famille, mais ils sont loin d’être aussi nombreux que les professionnels qui conseillent les cercles de l’entreprise et de la propriété.
Le domaine du conseil aux entreprises familiales, en tant que sous-spécialité du conseil aux entreprises, est relativement nouveau, mais il est en croissance et il est lentement reconnu comme un domaine important. La plupart des gens voient rapidement qu’il y a beaucoup d’enjeux d’affaires qui touchent la famille, mais moins de gens ont réellement réfléchi au fait qu’il y a aussi des enjeux familiaux qui touchent l’entreprise.
Les personnes qui servent le volet familial plus que le volet entreprise ont un certain nombre d’obstacles à surmonter; examinons-en quelques-uns, sans ordre particulier.
Contenu ou processus
Un avocat préparera une convention entre actionnaires, un comptable préparera un jeu d’états financiers et un gestionnaire de patrimoine fera un placement pour vous. Ce sont toutes des transactions distinctes, toutes tangibles; chacune constitue un élément de contenu.
Animer des réunions de famille, faire de la médiation dans un différend entre frères et sœurs ou aider une famille à se réunir pour travailler sur ses valeurs, sa vision et ses objectifs relèvent davantage, quant à eux, du processus. Ces fonctions peuvent être très importantes pour le succès à long terme d’une entreprise familiale et, à ce titre, elles s’inscrivent souvent dans la durée.
Transaction ou relation
Les éléments de contenu que j’ai mentionnés plus haut se font généralement sous forme de transactions distinctes. Oui, les relations sont aussi importantes à cultiver pour les comptables et les avocats, mais dans le domaine familial, tout ou presque tourne autour de la relation, et le conseiller doit établir une bonne relation de travail avec tout le monde, pas seulement avec la personne qui signe les chèques.
Habiletés « douces » ou « dures »
Certaines personnes aiment parler de compétences techniques (« hard skills ») par opposition aux compétences humaines (« soft skills »), et je suppose que c’est une façon de voir les choses, mais n’oublions pas que les aspects « doux » sont souvent en réalité beaucoup plus DURS à gérer. Peu de ceux qui travaillent sur les transactions sont formés pour gérer ces enjeux humains, et bien des familles ne veulent pas parler de leurs problèmes familiaux avec des gens qui leur facturent plusieurs centaines de dollars de l’heure.
L’entreprise, c’est une question de $$$; la famille, c’est une question d’amour
L’entreprise, c’est habituellement en grande partie une question de faire de l’argent et de créer de la richesse, tandis que la famille, c’est avant tout une question d’amour. C’est la tête contre le cœur, et ils ne s’entendent pas nécessairement toujours.
Le conseiller qui peut vous montrer comment sa stratégie fiscale peut vous faire économiser XX 000,00 $ a plus de facilité à vendre ses services que celui qui vous dit qu’il peut vous aider à faire en sorte que votre famille ait à l’avenir des soupers de l’Action de grâce sans conflit. Combien cela vaut-il?
Art ou science
Au fond, à bien des égards, gérer la famille est un art, tandis que gérer l’entreprise relève davantage de la science. Pour être un bon conseiller en entreprise familiale, il faut être capable de faire le pont entre les deux, l’art ET la science.
Il existe des thérapeutes familiaux qui aident les familles à gérer les conflits, mais très peu d’entre eux comprennent quoi que ce soit aux affaires, alors il leur est difficile de faire ce pont.
J’ai trouvé une analogie, je ne suis pas certain qu’elle soit très bonne, mais la voici.
La peinture à numéros
Quand j’étais enfant, j’ai fait quelques peintures à numéros, et même si j’avais l’impression d’être un artiste, je ne faisais que remplir des espaces avec des couleurs de peinture déterminées à l’avance, ce qui ressemble davantage à de la science.
Nous devons être capables de montrer à nos familles clientes la toile avec les contours de ce que nous pouvons faire, et leur dire quelle couleur nous pouvons les aider à mettre dans quels espaces. De cette façon, elles comprendront mieux ce que nous pouvons faire pour elles, d’une manière qui les aide à voir la valeur que nous pouvons leur apporter.