Je suis un grand adepte du modèle des trois cercles, et ce, depuis que j’ai appris son existence il y a quelques années.
Selon l’histoire, il découle en fait du modèle à deux cercles qui l’a précédé, lequel était déjà novateur à sa manière, car il tentait de séparer les cercles de la « famille » et de l’« entreprise », tout en reconnaissant leur chevauchement.
Lorsque Renato Tagiuri et John Davis ont ajouté la « propriété » comme troisième cercle, ils ont créé un modèle qui résiste à l’épreuve du temps depuis maintenant trois décennies.
La propriété demeure le cercle le plus difficile à saisir pour bien des gens, même si cela semble assez simple à première vue.
Les personnes qui n’ont aucun lien avec une entreprise familiale ont probablement une meilleure compréhension du sens du mot propriété, parce que tout ce qu’elles possèdent leur paraît sans doute assez clair.
Cette semaine, j’ai assisté à un événement où une femme de la troisième génération d’une famille en affaires a raconté que lorsqu’elle est devenue propriétaire de l’entreprise de sa famille, on ne l’en a informée qu’un an après les faits.
Cela m’a rappelé un événement que j’ai vécu avec mon père il y a de nombreuses années. C’était dans les années 1980, à l’époque où le CAFÉ était très actif à Montréal, et nous avions assisté ensemble à un atelier. En guise de préparation, les organisateurs avaient envoyé un questionnaire à tous les participants, leur demandant leur pourcentage de propriété dans leur entreprise familiale.
Mon père m’avait laissé cette tâche, et j’avais indiqué qu’il détenait 67 % de l’entreprise et moi, 11 %. Il avait structuré les choses avec deux sociétés de portefeuille : la sienne, avec les 2/3 de la propriété, et celle de ses 3 enfants, avec 1/3.
Pendant l’événement, il a vu pour la première fois le questionnaire que j’avais rempli, et il m’a demandé de but en blanc : « C’est quoi, ça? » Je lui ai expliqué essentiellement ce que je viens de décrire dans le paragraphe précédent. « Ah oui, je suppose que tu as raison », m’a-t-il répondu.
De toute évidence, il se considérait encore comme le propriétaire à 100 %, et je suppose que mes sœurs et moi aussi!
La propriété peut donc être un peu nébuleuse de temps à autre, et je connais au moins un conseiller en entreprise familiale qui dit ne travailler avec ses clients que sur les questions de gouvernance de la propriété et éviter de travailler avec les fondateurs d’entreprise, qui ont si souvent du mal à comprendre les trois cercles.
Il y a quelques semaines, au Family Business Summit à Halifax, j’ai participé à un exercice interactif animé par Doug Bolger de Learn2, qui a fait travailler toute la salle ensemble à discuter des questions de relève.
À un moment donné, j’ai eu une autre « révélation », et j’essaie toujours de partager celles-ci dans ce blogue. Nous discutions de la « propriété » (ownership), puis quelqu’un a mentionné que des membres d’une génération plus jeune voulaient faire leur « propre » chose (their “own” thing).
Je n’avais jamais réalisé que le mot anglais « own », comme dans « my own » (mon propre), faisait partie du mot « ownership » (propriété). J’ai levé la main et partagé cette prise de conscience avec le groupe, et à en juger par la réaction, je n’étais pas le seul.
Une nouvelle initiative lancée cet automne par la Business Family Foundation (BFF) reconnaît que les membres de la relève dans les familles semblent de plus en plus souvent intéressés à faire leur « propre » chose ces temps-ci.
Ils ont créé l’ « Initiative Intrapreneuriale », qui commencera à Montréal en septembre, en français. En tant que l’un de leurs « ambassadeurs » pour ce projet, j’aimerais expliquer pourquoi je pense que l’idée derrière ce programme est une idée « dont le temps est venu ».
L’intrapreneuriat n’est pas une idée nouvelle; de nombreuses entreprises en ont bénéficié, souvent sans même l’appeler par ce nom.
Le programme de la BFF est conçu pour aider les familles en affaires à se lancer dans l’intrapreneuriat comme moyen d’amener les plus jeunes membres de la famille à se joindre à l’entreprise familiale ET à faire leur propre chose.
Les familles entrepreneuriales reconnaissent que les entreprises ont des cycles de vie et connaissent l’importance du renouvellement. Alors pourquoi ne pas encourager les plus jeunes à imaginer leur propre entreprise et à la faire « grandir » au sein de l’entreprise familiale existante?
Cela me semble être une proposition gagnant-gagnant.
