Parfois, ce qui se trouve juste sous notre nez est le plus difficile à voir. Peu de gens sont à l’abri de ce phénomène, même si beaucoup se comportent comme s’ils l’étaient.
Dans le but de prêcher par l’exemple, je chéris habituellement l’occasion de partager des choses qui me frappent, mais qui semblent si évidentes après coup que j’ai presque honte de les avouer.
Le billet de cette semaine porte sur la façon dont les familles en affaires prennent leurs décisions ensemble. Quand le fondateur lance une entreprise, il n’est pas rare que la plupart des décisions se prennent dans les quelque quinze centimètres qui séparent ses deux oreilles.
L’un des aspects « amusants » des entreprises familiales, et des familles en affaires qui les possèdent et les gèrent, c’est qu’à mesure que l’entreprise passe à la génération suivante, le nombre de décideurs augmente souvent.
Et c’est là que se trouvent bon nombre des grands enjeux auxquels ces familles font face, alors qu’elles se demandent comment le groupe de personnes qui possèdent et gèrent l’entreprise vont décider ensemble, communiquer et résoudre les problèmes ensemble, pendant que l’entreprise et les actifs de la famille passent d’une génération à l’autre.
Dans les grands groupes, le vote est souvent une option qu’on explore, et qu’on adopte fréquemment sous une forme ou une autre. Ça fonctionne bien en politique, parfois.
Dans une entreprise familiale, ou dans toute famille qui possède et/ou gère conjointement des actifs, le vote comporte beaucoup de conséquences potentiellement négatives. Les conseillers des familles dans ces situations recommandent habituellement que la famille tende plutôt vers un modèle fondé sur le consensus.
Nous voici revenus à mon aveu embarrassant. J’ai toujours cru que le consensus voulait dire une décision avec laquelle tout le monde était d’accord. Ce n’est pas complètement faux, mais c’est loin d’être une bonne définition.
Si je l’expliquais à une classe de maternelle, ça pourrait passer, mais je m’adresse habituellement à un public un peu plus âgé et plus instruit. Fait intéressant, mon illumination s’est produite sur un campus universitaire.
Depuis que j’ai commencé à visiter des campus universitaires avec mon fils ces derniers mois, j’ai entendu beaucoup de responsables des admissions parler de ce qui rend leur établissement unique.
Nous avons assisté à des séances dans quelques petits collèges de Pennsylvanie de tradition quaker, et pendant l’une d’elles (à Haverford, si ma mémoire est bonne), on a parlé de la méthode de prise de décision par consensus sur le campus.
La présentatrice a expliqué que le consensus consiste à chercher une décision à laquelle tout le monde pourrait consentir, et y consentirait, même si ce n’était pas son premier choix.
Mon Dieu, vous voulez dire que consensus vient de consentement?!? Aaaaaggghhhh! M’avait-il vraiment fallu 52 ans pour comprendre ça? Eh bien, oui. Mais je suis vraiment content de l’avoir compris, et pas seulement parce que j’en ai tiré un sujet de blogue.
Le diable, bien sûr, est dans les détails. C’est bien beau de vanter à quel point les décisions par consensus sont meilleures, mais si les familles ne comprennent pas ce que ça implique vraiment de les atteindre, à quoi bon?
Fait intéressant, la plupart des conclusions que je vais maintenant présenter reviennent souvent dans mes blogues et dans mes discussions avec les familles.
Allons-y :
Simple ou facile
Le consensus est simple à expliquer, surtout avec ma « révélation » que c’est en obtenant le consentement des gens qu’il fonctionne. Mais simple ne veut pas dire facile, au sens de « facile à faire ».
Ça se fait tout seul? NON
Mon refrain souvent répété, « les choses n’arrivent pas toutes seules », s’applique ici aussi. Il peut être facile d’amener tout le monde à consentir à l’idée de prendre les décisions par consensus, mais ce sera souvent la dernière décision sur laquelle on s’entendra rapidement.
Communication
Un point commun aux familles où les choses vont rondement, c’est une communication bonne, fréquente, claire et ouverte. Un consensus durable est presque impossible sans elle.
Ça prend du temps
Tout le monde semble toujours pressé. Mais les bonnes décisions, celles qui durent, prennent du temps. Du temps pour parler, pour réfléchir, pour écouter, pour reconsidérer, pour se consulter en petits groupes, pour se documenter, pour dormir là-dessus, pour inviter des opinions de l’extérieur.
Les décisions qui durent des générations sont celles auxquelles toutes les parties prenantes ont consenti.
Nous examinerons certains détails dans la partie II la semaine prochaine.
