Travailler avec moi, cheminer avec moi
L’inspiration du blogue de cette semaine vient d’une formation à laquelle j’ai assisté. Après l’avoir notée dans mon fichier « idées de futurs billets », je l’ai laissée mijoter. Elle est prête maintenant, alors allons-y.
Nous sommes à Ottawa, à l’automne 2016, à l’Institut canadien pour la résolution des conflits, le premier jour de « TPN-4 », le dernier volet de leur programme Third Party Neutral.
Nous faisons un tour de table pour les présentations, en terminant par notre observatrice, une ancienne étudiante qui fait maintenant du bénévolat comme assistante d’enseignement.
Elle décrit en détail son expérience sur le terrain, notamment auprès de communautés des Premières Nations, durant laquelle elle « a cheminé avec la tribu ‘XYZ’ pendant quatre ans ».
« Pardon, l’interrompis-je, avez-vous dit ‘travaillé avec’ ou ‘cheminé avec’? »
« Cheminé avec », répondit-elle.
« D’accord, merci, c’est bien ce que je croyais avoir entendu », dis-je en hochant la tête.
Semblable, mais différent
Il n’y a pas une énorme différence entre les deux mots, vu le contexte.
Ou y en a-t-il une? Bien sûr qu’elle a travaillé avec eux, et c’est ainsi que la plupart des gens l’auraient formulé. Mais elle a choisi ses mots avec soin, et moi, en tout cas, je l’ai remarqué.
Ce que j’ai le plus apprécié dans son choix de mots, c’est qu’elle décrivait en fait plus qu’une simple relation de travail : c’en était une où elle avait fait bien plus que le travail habituel de « tête » ou de « muscles ».
Mais après tout, le cœur aussi est un muscle.
Cheminement = Processus
Cheminer avec quelqu’un suggère d’importantes différences, d’abord que le processus d’aide au client est en fait un cheminement.
Aussi, quand des gens marchent ensemble, il n’y a habituellement pas de hiérarchie du genre « vous travaillez pour moi » ou l’inverse.
J’ai travaillé avec beaucoup de gens avec qui je n’ai jamais « cheminé », et j’ai « cheminé avec » d’autres avec qui je n’ai jamais travaillé.
Cheminer avec quelqu’un suggère qu’on part d’un certain endroit pour essayer d’aller ailleurs, ensemble, souhaitons-le vers un meilleur endroit.
On pourrait même partir d’un endroit pour ensuite y revenir, auquel cas on met fort probablement l’accent sur quelque chose que l’on fait en cours de route.
“Accompagnement”
Même si vous négligez les nuances entre « travaillé » et « cheminé », il vous reste cet autre mot clé, « avec ».
Dans le domaine du coaching, qui continue de faire de grands pas pour devenir une profession reconnue, il existe une traduction française que j’adore, et qui convient aussi à ce sujet.
Certaines personnes utilisent le terme « le coaching » de façon semblable à « le marketing », et d’autres là où un mot français n’a jamais été généralement accepté.
J’ai souvent entendu des gens l’appeler « service d’accompagnement », c’est-à-dire « accompaniment » en anglais.
Cela me parle vraiment.
Je me rappelle qu’un de mes formateurs en coaching au CTI disait que 80 % du coaching se résume à deux choses simples (mais pas nécessairement faciles) :
- Écouter sans juger, et
- Être « avec » quelqu’un
« Être avec », c’est tout à fait de « l’accompagnement ».
« Cheminer avec », c’est de l’accompagnement dans un parcours.
Et pourquoi pas un « guide »?
Bien sûr, quand vous embauchez quelqu’un pour travailler avec vous ou cheminer avec vous, c’est rarement juste pour avoir de la compagnie. Idéalement, la personne peut vous offrir une forme d’aide, grâce à son expérience ou à son expertise.
Mais il existe différents types d’aidants, et il est souvent tentant de chercher « l’expert » qui pourra vous donner les meilleurs conseils, puis « me dire simplement quoi faire ».
Dans certains cas, c’est la façon idéale de procéder. Dans bien d’autres, comme trouver comment transférer le patrimoine de votre famille d’une génération à la suivante, se contenter de faire dire par des experts « quoi faire » mène souvent à des résultats sous-optimaux.
Être guidé vous aide à obtenir ce que VOUS voulez
Une analogie que j’aime pour ce genre de travail est celle du « guide ». Des appellations comme « consultant », « conseiller » et « coach » ont chacune des connotations qui traînent un certain bagage négatif et des associations pour certaines oreilles.
J’ai toujours aimé l’idée d’offrir de « l’accompagnement », mais pour une raison ou une autre, me qualifier de « guide » ne semble pas « coller » non plus.
Un bon guide « chemine avec » vous, vous aide à remarquer des choses intéressantes que vous auriez pu manquer, et vous tient à l’écart des endroits où vous ne devriez pas vous aventurer.
S’il est vraiment bon, il n’a même pas l’air de travailler quand il travaille!
Il a simplement l’air de quelqu’un qui est venu faire la promenade. Mais comment le parcours se serait-il déroulé sans lui?
Qui guide votre transition?
