Cette période de l’année
Chaque année, à l’approche de la fête des Pères, j’éprouve des émotions partagées. Être père est vraiment la plus grande joie de ma vie, et cette fin de semaine sera ma 18e en tant que père, mais aussi ma 9e sans mon père.
Quand je travaille avec les membres d’une famille, j’aime les aider à voir les choses du point de vue des autres, et leur demander de se projeter plusieurs années en avant ou en arrière me vient naturellement, ce qui stimule la conversation par la curiosité.
Demander à un père de repenser à l’époque où il avait l’âge actuel de son fils change naturellement son point de vue.
De même, amener un fils à se projeter à l’âge de son père et à imaginer à quoi ça pourrait ressembler l’oblige à adopter un autre état d’esprit.
Mon propre parcours
Pendant les premières décennies de ma vie, je n’ai vu la fête des Pères que d’un seul point de vue.
À la naissance de notre fils, j’ai découvert une nouvelle appréciation pour le troisième dimanche de juin, puisque j’étais maintenant père moi aussi. Comme mon père était encore là à ce moment-là, j’ai pu vivre le « double rôle » de fils et de père.
Je n’ai malheureusement pas pu en profiter très longtemps, car mon père a été emporté trop tôt par le cancer, alors me voilà revenu à une seule façon de vivre cette journée spéciale.
Expériences père-fils
La semaine dernière, j’étais à Halifax pour le symposium de Family Enterprise Exchange (FEX), où il y avait beaucoup d’équipes et d’histoires père-fils.
(Il y avait bien sûr des mères et des filles aussi, mais c’est mon billet de la fête des Pères et je suis un gars, alors veuillez excuser le penchant masculin cette semaine.)
Que ce soit un père et son fils sur scène, racontant l’évolution de leur relation, ou les membres d’une famille assis à ma table pendant l’une des séances, je ne pouvais m’empêcher de comparer ce que je voyais et entendais à mes propres expériences.
J’avais l’impression que la plupart des relations dont j’ai été témoin étaient plus saines et plus ouvertes que celle que j’avais avec mon père, et beaucoup plus proches de ce que j’ai le sentiment de vivre avec mon fils (et ma fille).
Un problème d’objectivité?
Je ne peux pas être certain de mes biais ici, mais je pense être assez objectif.
S’agissait-il d’exemples isolés de belles relations familiales?
Ma perception était-elle faussée par leurs efforts pour bien paraître en public?
Était-ce un signe des temps, les jeunes générations ayant mieux compris la relation père-fils?
Je ne peux pas en être certain, mais je sais que le fait que mon père et moi travaillions ensemble dans une entreprise familiale A EU un effet sur notre relation.
« On ne fera pas ça »
J’ai raconté plusieurs fois pendant le symposium de FEX une histoire fondamentale de notre famille, une histoire dont j’aurais souhaité une autre fin.
Au milieu des années 1980, mon père s’était joint à CAFÉ (Canadian Association of Family Enterprise, ancêtre de FEX) pendant que je terminais mon baccalauréat en commerce à McGill.
Ces études faisaient partie de ce que je comprenais comme mon « devoir » de fils unique : accomplir mon « destin » de successeur.
Un jour, il m’a dit que bon nombre des conseillers qui avaient pris la parole aux événements de CAFÉ étaient tout à fait contre l’idée d’embaucher ses enfants dès la sortie de l’école, directement dans l’entreprise familiale.
Je me souviens de l’avoir regardé avec une lueur d’espoir dans les yeux (qu’il n’a manifestement pas interprétée comme je l’espérais), en attendant la suite.
C’est alors qu’il a posé la main sur mon épaule et m’a « rassuré » en disant : « Mais nous, on ne fera pas ça! »
Encore une fois, il avait décidé pour nous.
Attends, pourquoi pas?
J’espère que les fils d’aujourd’hui auraient le courage de dire : « Attends, pourquoi pas? »
J’aurais vraiment aimé le dire, et si mon fils se retrouvait dans une telle situation, j’espère qu’il le dirait aussi. Mais je n’ai pas l’intention de le mettre un jour dans ce genre de situation.
Et à toute autre équipe père-fils confrontée à cette question : résistez à la tentation de prendre ce raccourci pour entrer dans l’entreprise familiale.
Ça vaut la peine d’attendre
Si c’est la bonne chose, ce le sera encore plus, plus tard.
Laissez vos enfants devenir eux-mêmes d’abord, loin de l’ombre de leurs parents.
Ça en vaut la peine pour eux, et ce le sera aussi pour l’entreprise.
