La propriété : le cercle oublié de l’entreprise familiale
Au verso de ma carte professionnelle, j’ai une représentation colorée du modèle des trois cercles, que j’utilise souvent pour amorcer les premières discussions sur le genre de travail que je fais.
Ce n’est pas que ça prenne beaucoup de temps de dessiner le diagramme de Venn sur une serviette de table, un bloc-notes ou un napperon, mais comme sa simplicité m’avait frappé quand je l’ai découvert, j’aime maintenant partager les éclairages qu’il peut apporter.
Leçon d’histoire
Renato Tagiuri et John A. Davis, de Harvard, ont conçu le modèle dans les années 1980, lorsqu’ils ont constaté que l’ancienne version à « deux cercles » était incomplète.
Il a toujours été clair que la famille et l’entreprise se chevauchaient, mais c’est l’ajout du cercle de la propriété qui a créé un effet « eurêka ».
En mouvement ou figé
Fait intéressant, alors que la famille et l’entreprise sont toutes deux pratiquement en mouvement constant au quotidien, la propriété demeure habituellement statique, ou figée, pendant des décennies.
Mais quand vient effectivement le moment de modifier la propriété d’une entreprise familiale (et ce moment viendra), ces changements touchent habituellement à peu près tout et tout le monde.
Le mot « oublié » dans le titre de ce billet vise donc à souligner que, d’habitude, nous n’y pensons pas beaucoup.
Mais peut-être devrions-nous le faire.
Quelques exemples
Imaginez une famille où la génération aînée possède toujours l’entreprise, tandis que les membres de la relève ont consolidé leur place dans les activités quotidiennes.
Au début, ils patienteront probablement en attendant leur heure, accepteront la situation et « obéiront » aux directives des propriétaires. Mais à mesure que les années deviennent des décennies, cette situation peut devenir beaucoup moins acceptable.
Les problèmes qui surgissent dans ce genre de situation sont souvent présentés en termes de « dynamique familiale », ce qui n’est pas nécessairement faux, mais la meilleure solution au « problème » pourrait en fait venir d’un changement dans la propriété.
Le contrôle des votes
Parfois, les familles se rendent compte que la propriété devrait passer à la relève assez tôt, souvent à l’instigation d’un expert externe qui propose des stratégies de planification fiscale avantageuses pour effectuer ces changements.
Mais souvent, les parents ne peuvent résister à la tentation de créer des structures d’actions complexes qui leur permettent de garder le contrôle.
Avoir la propriété sans le contrôle ajoute un facteur de complication au modèle des trois cercles.
Je ne sais pas exactement comment m’y prendre, mais il faudrait peut-être une version modifiée du modèle pour illustrer les situations où la propriété n’inclut pas le contrôle.
Mais tout ce que j’essaie de faire ici, c’est d’illustrer les façons dont le cercle de la propriété influe souvent sur bon nombre des enjeux quotidiens de l’entreprise familiale, même si nous n’y pensons pas assez.
Les événements de la vie comme catalyseurs
Des événements importants de la vie peuvent parfois servir de catalyseur pour modifier la structure de propriété. C’est beaucoup plus agréable quand il s’agit d’une naissance ou d’un mariage que d’un décès ou d’un divorce.
Les décès inattendus prennent parfois les familles par surprise, et on peut espérer que ces cas servent de rappel poignant aux autres de mettre leurs affaires en ordre « au cas où ».
Lorsqu’une longue maladie précède un décès, c’est parfois une bénédiction, parce que des démarches et des discussions importantes peuvent alors avoir lieu.
Bien sûr, dans certains cas, les relations familiales sont telles que même lorsque l’issue est évidente et que le décès est imminent, la famille n’arrive tout simplement pas à se réunir, à avoir une discussion productive et à s’entendre sur la façon dont la propriété future devrait être structurée.
Préparer les propriétaires à être propriétaires
Heureusement, pour chaque situation où des familles sont « coincées », on entend de plus en plus parler de familles qui s’efforcent de prendre les devants.
Des familles éclairées se tournent vers des coachs externes ou des programmes de formation qui aident à préparer les futurs propriétaires à devenir de bons propriétaires.
S’il est vrai qu’aucune formation particulière n’est requise pour détenir des actions d’une société, les personnes qui travaillent dans l’entreprise pourront vous dire que les propriétaires de l’entreprise, et la façon dont ils interagissent avec la société et la guident, ont un effet énorme sur le rendement.
Tout commence au sommet
Quand les choses commencent à mal aller dans une entreprise, on peut habituellement faire remonter les racines du déclin jusqu’au sommet, c’est-à-dire jusqu’aux propriétaires.
Si vous travaillez avec une famille en affaires et que vous essayez de mettre le doigt sur la source de certains problèmes, n’oubliez pas de poser des questions sur la structure de propriété actuelle.
Vous y trouverez souvent de bons indices.
Crédit photo : Richard Legler
