Seul au sommet de l’entreprise familiale
Cette semaine, nous allons examiner une réalité à laquelle font face de nombreux dirigeants d’entreprises familiales, et qui leur donne souvent un sentiment d’impuissance.
Alors qu’ils paraissent si puissants aux yeux des autres, au fond d’eux-mêmes, eh bien, peut-être pas tant que ça.
La vie imite l’art
J’étais un grand fan de la série télé The Sopranos quand elle a été diffusée pour la première fois sur HBO, et elle est devenue un rendez-vous incontournable chez nous.
Tony Soprano était un chef de la mafia, et il avait une famille, mais ce n’était pas le prototype du dirigeant d’entreprise familiale.
Nous avons dans notre sous-sol une affiche promotionnelle de la série qui montre Tony au centre, avec sa femme, sa mère et ses enfants d’un côté, et sa « famille de travail » de l’autre.
On peut y lire :
« Voici Tony Soprano :
Si une famille ne le tue pas,
L’autre famille s’en chargera »
Ça me fait encore rire chaque fois que je la vois.
Pas seulement pour les dirigeants d’entreprise
La citation des Sopranos ci-dessous, qui a inspiré ce billet, provient d’un article sur David Chase que j’ai lu il y a quelques mois, publié dans le magazine GQ.
L’article portait sur le scénariste principal des Sopranos, David Chase, et examinait certaines similitudes entre Chase et le personnage de Tony Soprano.
La fin de l’article comprenait cette citation :
(Certaines lettres ont été remplacées par des ***, mais je pense que vous en saisirez quand même l’essentiel) :
« Sauf votre respect, vous n’avez aucune p***** d’idée
de ce que c’est d’être le numéro un.
Chaque décision que vous prenez touche chaque
facette de toutes les autres p***** de choses.
C’est presque trop à gérer.
Et au bout du compte, vous êtes complètement seul avec tout ça. »
Faut-il que ce soit si solitaire?
Examinons certaines options qui s’offrent à la personne au sommet comme exutoires ou ressources possibles.
Le conjoint
Tony, bien sûr, avait Carmela, et ils parlaient assez souvent de nombreux sujets importants. Mais au fond, Tony savait qu’il y avait bien des choses dont il ne pouvait pas et ne devait pas accabler sa femme.
Un conjoint compréhensif et à l’écoute peut être d’un grand secours, mais suffit rarement à alléger le fardeau de la solitude.
La haute direction
Certaines des scènes les plus mémorables de la série mettaient en vedette Tony et sa haute direction. Paulie et Sylvio en étaient les piliers, et Christopher était une étoile montante du groupe.
Mais tout comme le conjoint, ces personnes sont tellement liées aux décisions qu’il devient difficile d’aborder des sujets qui touchent le groupe.
Le groupe de pairs
Ce qui ressemblait le plus à un groupe de pairs pour Tony, c’étaient les autres grands chefs de la mafia d’autres territoires.
Nous en avions parfois un aperçu, et ils offraient à l’occasion la possibilité d’échanger avec d’autres qui faisaient face à des défis et à des décisions semblables.
La nature de leurs affaires dans la série ajoutait toutefois un élément dangereux qui décourageait de trop se confier.
Les vrais dirigeants d’entreprises familiales ont habituellement bien des occasions de se joindre à des groupes de pairs, par l’entremise d’organisations comme FEX, TEC, Vistage, etc.
La relève familiale
Les enfants de Tony étaient trop jeunes, et AJ, son seul fils, ne semblait pas avoir « l’étoffe » nécessaire pour le genre de métier qu’exerçait son père.
Pour les vrais dirigeants d’entreprises familiales, les occasions ne manquent pas de partager ce qu’ils vivent avec leurs enfants, surtout ceux qui travaillent avec eux dans l’entreprise.
C’est un domaine que la plupart des gens explorent trop peu, à mon avis.
C’est peut-être parce qu’ils ne veulent pas avoir l’air de favoriser un enfant en se confiant davantage à lui qu’aux autres, ou peut-être est-ce un effort pour éviter de leur imposer un fardeau.
Je crois qu’un certain partage, en quantité appropriée, au bon âge et à la bonne étape, et de la bonne manière, peut être gagnant-gagnant, parce qu’il aide aussi à préparer le ou les futurs dirigeants.
Le conseiller externe de confiance
Les fréquentes visites de Tony chez la Dre Melfi, sa psy, étaient un thème récurrent tout au long de la série.
Les professionnels de la santé mentale sont un exutoire possible, mais d’autres professionnels de confiance le sont aussi, comme votre comptable et votre avocat.
Il y a aussi de nombreux coachs de dirigeants et conseillers en entreprise familiale qui pourraient certainement jouer un rôle eux aussi.
Le comité consultatif
La solution ultime, à défaut d’avoir un véritable « conseil d’administration », serait de mettre sur pied un « comité consultatif » moins formel.
Cela demande du temps et des efforts à mettre en place, mais ceux qui l’ont fait ne jurent que par lui.
Tony Soprano aurait probablement dû en avoir un, lui aussi!
