Cette semaine, nous abordons l’un de mes sujets préférés, et nous allons le faire sous deux ou trois angles différents.
Nous commencerons par une recherche en psychologie menée à l’Université Stanford il y a environ cinq décennies, et nous terminerons par un exemple concret tiré de ma propre expérience.
Le sujet, c’est la gratification différée, et je soutiens depuis longtemps qu’elle est le secret du succès pour la plupart des gens.
Je le veux maintenant
La capacité d’attention moyenne des gens diminue depuis des décennies, ce qui n’a fait qu’accentuer chez bien des gens l’attente que tout soit là pour eux à la seconde où ils le veulent.
Je n’entrerai dans aucun débat sur la question de savoir si les jeunes d’aujourd’hui sont pires que nous l’étions à leur âge.
Je crois que chaque génération compte des gens de toutes sortes, et je n’ai aucune envie de donner un coup de pied dans ces proverbiaux nids de guêpes.
Qui veut une guimauve?
Walter Mischel était un psychologue de Stanford qui a conçu le « test de la guimauve » dans les années 1960.
Mischel est décédé il y a quelques semaines, ce qui a suscité un regain d’intérêt pour ses travaux; si vous cherchez son nom et le mot « guimauve » sur Google, vous trouverez sûrement beaucoup de choses intéressantes à explorer (une fois que vous aurez terminé ce billet, bien sûr).
Ses sujets étaient des enfants d’environ 5 ans. Le « test » était conçu ainsi :
On faisait entrer les enfants dans une pièce, on leur donnait une guimauve et on leur disait qu’ils pouvaient la manger tout de suite.
Ou alors, s’ils pouvaient attendre 15 minutes pendant que l’expérimentateur quittait la pièce, et NE PAS la manger, ils recevraient une deuxième guimauve en récompense.
Pas aussi facile qu’il n’y paraît
Apparemment, seulement environ 200 des 600 sujets ont réussi à s’abstenir de manger la friandise pendant les 15 minutes (qui ont sûrement semblé une éternité à ceux qui ont réussi).
On trouve beaucoup de vidéos intéressantes montrant comment les enfants luttaient contre la tentation, seuls dans la pièce, surtout tirées de versions plus récentes de l’expérience, menées pour reproduire les résultats initiaux.
Le message à retenir
Si vous avez compris que la gratification différée n’est pas facile, c’est très bien, mais il vous manquerait quand même le message plus large de cette recherche.
Voyez-vous, on a suivi ces enfants au fil des années pour mesurer leur réussite dans la vie, et on a découvert quelque chose que j’espère vraiment que vous retiendrez de cette histoire.
Les enfants qui avaient été capables de se retenir pendant ces 15 minutes atroces ont aussi mené des vies beaucoup plus réussies, sur à peu près toutes les dimensions mesurées.
Si vous êtes capable de retarder votre besoin de gratification immédiate, cela vous aidera toute votre vie.
Tout vient à point à qui sait attendre
Alors, d’où pensez-vous que ces jeunes sujets tenaient cette capacité d’être patients et de résister à la tentation?
Je n’entrerai pas dans les détails, parce que je ne suis pas un spécialiste des sciences sociales et que ce terrain a largement été couvert par des gens beaucoup plus compétents que moi dans ce domaine, mais j’ai ma propre réponse, très courte.
Leurs parents.
Je ne peux pas dire si c’est dans leur ADN ou s’ils l’ont appris en observant les comportements que leurs parents leur montraient en exemple (ou les deux), mais ils le tenaient de leurs parents, d’une façon ou d’une autre.
Le steak plutôt que le grésillement
Voici mon exemple tiré de la vraie vie.
Il y a des années, mon père s’était retiré sur une petite ferme où il élevait du bétail reproducteur. Il avait embauché des gens de la région pour faire une bonne partie du travail.
Il payait bien ses employés et avait aussi pris l’habitude de leur verser une prime annuelle, payée en viande.
Chaque année, quelques bêtes « tombaient dans le congélateur », comme il aimait le dire.
Avez-vous goûté la viande?
Mon père et moi étions très souvent sur la même longueur d’onde, mais nos points de vue étaient aussi assez différents.
Mais quand il voulait faire valoir un point, je le voyais habituellement venir de loin.
Un jour, il m’a raconté cette histoire, un échange avec l’un de ses employés, le lendemain du jour où celui-ci était allé chercher son demi-bœuf chez le boucher.
L’air consterné
Papa lui a demandé s’ils avaient eu l’occasion de goûter la viande.
« Oh oui, c’était excellent. On a mangé le filet mignon ».
Je vois encore son air consterné, et papa qui secouait la tête, incrédule.
