« Le nez dedans, les doigts dehors » en entreprise familiale
Le sujet d’aujourd’hui me trotte dans la tête depuis un bon moment, depuis que je l’ai vu mentionné pour la première fois en 2017.
Si vous cherchez « nose in, fingers out » sur Google, vous verrez que l’expression a été utilisée par plusieurs personnes, ce qui témoigne de son utilité pour créer une image mentale que la plupart des gens saisissent rapidement.
Je dois lever mon chapeau à Larry Putterman, qui me l’a fait découvrir en premier.
Une question de limites
Un sujet qui revient souvent dans les familles en affaires est celui des « limites », et il y a bien des raisons à cela; quiconque a déjà travaillé avec une entreprise familiale, ou dans une entreprise familiale, sait de quoi je parle.
Mais si l’idée du « nez dedans, doigts dehors » porte sur les limites, c’est aussi une façon subtile d’expliquer que les lignes de démarcation ne sont pas nécessairement toutes un mur de béton plein, mais peut-être simplement quelques lattes d’acier.
Les limites sont importantes, mais il faut réfléchir à ce qu’elles sont censées accomplir, et en parler, si l’on veut établir les limites optimales pour notre situation.
De PDG à président du conseil
Le domaine de spécialité de Putterman, ce sont les conseils d’administration, et dans le contexte de l’entreprise familiale, il fait le plus souvent référence à une personne qui a décidé de réduire son implication dans le cadre d’une transition.
L’ancien dirigeant des opérations de l’entreprise, probablement le PDG, a décidé de passer les rênes des opérations, mais de rester impliqué dans une moindre mesure, et de ne pas disparaître complètement, du moins pas encore.
Il existe bien sûr différentes façons de franchir ce genre d’étapes graduellement. Mon père a fait appel à un président non membre de la famille et a assumé le rôle de président du conseil, mais il a conservé le titre de chef de la direction pendant un certain temps.
Bien souvent, la plus grande étape est celle où l’on renonce au manteau de PDG pour ne conserver que la présidence du conseil.
Dans quelle mesure dehors, dans quelle mesure dedans?
Dans une entreprise familiale, un dirigeant sortant arrivera (espérons-le) au point où, pour de nombreuses raisons, il est plus logique de réduire son implication, en passant des opérations quotidiennes à un rôle davantage axé sur la surveillance.
Ce genre de transitions se produit constamment.
Mais parfois, elles fonctionnent bien et, d’autres fois, eh bien, elles ne font que créer des problèmes.
C’est là qu’intervient l’idée du « nez dedans, doigts dehors ».
Qu’est-ce qui est permis?
Comme on dit, le diable est toujours dans les détails.
Le nez et les yeux vont ensemble, donc vous avez le droit de regarder autour et de fouiner autant que vous le voulez.
Comme on peut s’y attendre dans un rôle de surveillance, continuer à observer tout ce qui se passe dans l’entreprise est permis, et même requis.
Sous le nez se trouve la bouche, bien sûr, et c’est habituellement là que les problèmes commencent à surgir.
La bouche peut être un doigt (?)
Si le nez et les yeux vont ensemble, cela veut-il dire que la bouche aussi?
Probablement pas.
Une fois que vous passez du quotidien à la surveillance, ce que vous dites aux gens, du moins à ceux qui participent aux opérations quotidiennes, doit être pesé avec beaucoup de soin.
Les problèmes et la confusion surgissent très rapidement quand l’ancien patron se promène et dit à « son monde » quoi faire.
En fait, c’est à ce moment que la bouche devient l’équivalent d’un doigt.
L’encouragement oui, la direction non
Quand l’ancien dirigeant parle aux employés, il doit prendre soin de limiter ses propos à de l’encouragement et non à des directives.
Quand il se trouve dans un contexte de conseil d’administration ou qu’il discute avec d’autres personnes qui ne jouent qu’un rôle de surveillance, la bouche redevient alors un agent des yeux.
Et les autres membres de la famille?
Il y a un autre domaine où la situation du « nez dedans, doigts dehors » se présente en entreprise familiale et que j’aimerais aussi aborder ici.
C’est celui où des membres de la famille qui ne travaillent pas dans l’entreprise interagissent avec d’autres, souvent des frères et sœurs, qui y travaillent.
Il y a là aussi des enjeux de limites, puisque ceux qui n’y travaillent pas ont un désavantage sur le plan de l’information qu’ils doivent habituellement surmonter.
Parfois, leurs questions ressemblent un peu trop à des doigts qui s’immiscent, plutôt qu’à de simples nez.
Pour ceux qu’on questionne, la meilleure défense consiste à tenter d’être aussi transparents que possible et à devancer les questions.
Si vous satisfaites leur nez, ils seront moins tentés d’y mettre les doigts.


