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Derrière la constitution familiale « boiteuse »

Constitution book

Derrière la constitution familiale « boiteuse »

Le billet de cette semaine porte sur le merveilleux monde de la « constitution familiale ». J’ai pensé faire un blogue du genre « 5 choses à savoir… », mais j’y ai renoncé.

Il y a beaucoup à couvrir, alors plongeons.

Qui est donc « le peuple »?

En cherchant sur Shutterstock une image pour accompagner ce billet, j’ai entré le mot « Constitution » et j’ai été étonné (mais pas surpris) de voir combien d’images présentaient les mots « We the people » (Nous, le peuple) en haut d’un vieux document.

Ce sont bien sûr les premiers mots de la Constitution des États-Unis, et ils résument vraiment l’importance de bien rédiger le préambule afin d’établir correctement le contexte lors de la création de tout document important.

Voir : La cocréation et les valeurs dans l’entreprise familiale

Il n’est pas difficile de déduire de l’expression « constitution familiale » que « le peuple », ici, serait « la famille ».

« La famille »; d’accord, merci, maintenant c’est clair. PAS DU TOUT

Tout cela va très bien, bien sûr, jusqu’au moment de définir exactement qui sont toutes les personnes concernées, d’autant plus que les définitions de la famille continuent d’évoluer.

Si c’était le seul enjeu à régler, ce ne serait en fait pas si difficile. Il faudrait commencer par les leaders de la famille, puis élargir lentement le groupe, et ensuite travailler ensemble pour établir des définitions et des règles et en arriver à un consensus sur qui est inclus. Certainement pas un problème insurmontable.

Les « contre » de la constitution

Avoir une constitution familiale peut être très utile pour certaines familles, à condition que leur gouvernance ait suffisamment évolué et que les membres de la famille aient réellement joué un rôle clé dans son élaboration.

Pour chaque « pour », il y a aussi beaucoup de « contre ».

L’inspiration de ce blogue m’est venue d’un article que j’ai vu sur LinkedIn il y a quelques mois, signé par le professeur Enrique Soriano, qui accompagne des familles dans leur gouvernance, surtout en Asie. Je ne l’ai jamais rencontré, mais nous avons 174 relations en commun sur ce réseau au moment où j’écris ces lignes.

Son billet, Elements of a Flawed Family Constitution, (Les éléments d’une constitution familiale boiteuse) est une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse vraiment à ce sujet, surtout pour ceux qui voient la constitution familiale comme la panacée, la chose que chaque famille « doit avoir ».

Le fait que bon nombre de ceux qui croient cela vendent aussi leurs services aux familles et offrent de créer ces documents pour elles ne devrait pas être une énorme surprise.

Une seule personne n’est PAS « le peuple »

Comme je l’ai écrit l’an dernier dans La gouvernance familiale : des filaments aux DEL, si une seule personne rédige la constitution, seule, sans une bonne dose de contributions de personnes de différentes générations de la famille, cela ne fonctionnera tout simplement pas.

Bien sûr, vous pouvez vous faire croire que vous avez quelque chose de valable, mais cela ne durera pas.

De même, si le document a été en grande partie préparé par un consultant, ou même par une équipe de consultants, il ne servira pas l’objectif visé. Et c’est vrai même si vous engagez les meilleurs consultants et que vous les payez très cher pour faire ce travail à votre place.

Comme je le dis toujours au sujet de la gouvernance familiale (dont une constitution familiale n’est qu’une composante possible), elle doit vraiment être POUR la famille, PAR la famille.

Des différences culturelles?

Soriano fait remarquer à un moment donné que le phénomène des « constitutions familiales boiteuses » est peut-être plus répandu en Asie, où il est établi. C’est peut-être le cas, puisque dans ces cultures, on pourrait être plus enclin à imposer la création d’un document que tout le monde est ensuite censé respecter.

Mais peu importe le pays où vous vous trouvez, à moins que les membres de la famille n’aient participé activement à sa création et à sa mise en œuvre, aucune constitution familiale ne vaudra grand-chose.

Ma propre bête noire

La chose que je déteste personnellement à propos de ce sujet, c’est qu’il repose si souvent sur l’hypothèse qu’il est souhaitable et faisable de garder l’entreprise et la famille ensemble pour toujours.

Il peut y avoir certains biais culturels à cet égard.

Si l’attitude derrière la création d’une constitution est de « forcer » des gens à rester dans des relations dont ils préféreraient autrement ne pas faire partie, des problèmes se profilent probablement à l’horizon.

Mon parti pris pour la « famille »

Mon parti pris est toujours de m’assurer que les relations familiales survivent pendant des générations. Si cela signifie qu’il faut apporter des changements à l’entreprise et à la propriété, alors trouvons comment les apporter tout en gardant la famille intacte.

Si l’on peut créer une constitution qui reflète cela, tant mieux.

Bien sûr, une famille qui a cette attitude pourrait ne jamais penser en avoir besoin…

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