De subtiles différences peuvent être énormes
Certains sujets sont complexes de par leur nature même.
Par exemple, quand vous prenez une entreprise qui a déjà ses propres complexités et que vous y superposez un système familial, la complexité globale augmente nécessairement.
Mais cela veut-il dire que tout doit aussi être compliqué?
Les lecteurs réguliers reconnaîtront que je suis de retour dans l’univers amusant des discussions sur le vocabulaire, à examiner le sens de mots semblables, pour voir ce que nous pouvons tirer de leurs subtiles différences.
Le monde de l’entreprise familiale, avec toutes ses variantes comme les « familles entrepreneuriales », les « familles en affaires », les « familles dynastiques », les « familles patrimoniales » (je pourrais continuer), est déjà assez complexe, simplement en raison de toutes les relations interdépendantes qu’il comporte.
Alors, comment vous assurer que les choses ne deviennent pas trop compliquées?
La complexité sans les complications?
Rappelez-vous qu’il s’agit de réflexions spontanées dans un blogue, pas d’une recherche scientifique dans une thèse. Merci. Allons-y.
La complexité sert à décrire des choses qui se produisent automatiquement ou naturellement, alors que les complications sont créées par l’humain et découlent de l’intervention d’une personne ou de plusieurs personnes pour une raison ou une autre.
Donc, si la complexité qui découle du fait que des membres d’une famille travaillent ensemble dans une entreprise, possèdent des actifs ensemble ou gèrent des biens en groupe est innée ou naturelle, nous ne pouvons rien y faire.
Nous devons prendre conscience que les choses sont complexes, apprendre à vivre avec cette réalité et agir en conséquence.
Que pouvons-nous contrôler?
Oui, les choses pourraient être plus simples, c’est-à-dire moins complexes, si nous n’étions pas dans une situation où nous devons gérer les relations familiales en plus des responsabilités liées à l’entreprise, aux finances et à la propriété.
Bien des familles finissent par arriver à un stade où cela devient un fardeau trop lourd et décident alors de séparer qui possède quoi ou la façon dont les choses sont gérées, parce que la complexité l’emporte sur les avantages.
Ces situations sont particulièrement malheureuses quand ce résultat découle du fait que les personnes concernées ont tout simplement été incapables d’éviter certaines des complications qu’elles ont d’une façon ou d’une autre ajoutées à la situation.
Les complications créées par l’humain
Mon moment « Eurêka » en réfléchissant à la façon d’écrire sur ces deux mots est survenu quand j’ai réalisé, sous la douche, que la complexité est une réalité que nous devons accepter et avec laquelle nous devons vivre, alors que les complications sont des choses que nous pouvons et devons nous efforcer de réduire au minimum.
Selon ma logique, on ne peut même pas vraiment simplifier la complexité, puisqu’elle « est ce qu’elle est ».
Ce que nous pouvons faire, c’est tenter de donner un sens à la complexité inhérente d’une situation à l’aide de modèles qui permettent de cartographier ce qui se passe, afin que chacun puisse mieux comprendre quels sont les systèmes complexes et comment ils sont interreliés.
Le modèle des trois cercles de Tagiuri et Davis le fait extrêmement bien, et il est utilisé avec succès à cette fin depuis plus de 40 ans.
Voir Trois cercles + sept secteurs = un moment Eurêka
La loi des conséquences imprévues
Les familles qui ont réussi à rester unies malgré la complexité inhérente à la copropriété d’actifs sur plusieurs générations ont réussi parce qu’elles ont su garder les choses aussi simples que possible, puisqu’elles sont déjà assez complexes.
Voir Freiner la désintégration du patrimoine familial
Celles qui n’arrivent pas à garder le patrimoine de la famille uni échouent souvent parce que quelqu’un a introduit des facteurs de complication supplémentaires dans la situation.
Ironiquement, c’est souvent fait avec les meilleures intentions du monde, mais en raison de la loi des conséquences imprévues, ces gestes sèment les germes de la chute ultime de la famille.
Deux grands déclencheurs ressortent
L’une des façons dont les complications se manifestent, c’est quand un membre de la famille a ce que j’appelle en blaguant un « complexe de supériorité ».
Vous connaissez le genre, j’en suis sûr. Cette personne a l’impression d’avoir gagné, ou simplement de mériter, une part démesurée du patrimoine ou du pouvoir de décision à son égard.
Cela peut mener à des gestes conçus pour lui permettre d’en profiter, et quand d’autres membres de la famille réagissent négativement, les choses se gâtent en vitesse.
La situation était déjà assez complexe, mais maintenant, elle est trop compliquée.
L’autre grande façon de trop compliquer les choses, c’est de consacrer beaucoup trop de temps et d’efforts au patrimoine financier, au détriment du capital humain, intellectuel et social de la famille.
Des professionnels bien intentionnés proposent des structures compliquées conçues pour réduire au minimum les impôts ou limiter le contrôle des gens sur les choses, et les complications supplémentaires que cela introduit suffisent à tout faire capoter en quelques années.
Les familles entrepreneuriales sont déjà assez complexes. Ne rendez pas les choses encore plus compliquées.

