Bien des différences subtiles, mais importantes
Travailler avec des membres de familles en affaires signifie souvent croiser d’autres professionnels qui conseillent aussi leurs entreprises en cours de route.
L’une des subtilités sous-estimées de ces relations survient lorsque la personne qui demande l’avis du professionnel a aussi besoin de conseils personnels, plutôt que de simplement demander conseil pour le bien de l’entreprise.
Ces questions peuvent devenir particulièrement délicates lorsque les professionnels en question sont des avocats, qui ont leurs propres codes de déontologie et normes quant à savoir qui est réellement leur client.
Ces professionnels sont habituellement très conscients des différences et très avisés quant à la façon de les gérer; ce sont souvent les clients eux-mêmes qui brouillent parfois les lignes.
Examinons quelques-unes des situations où cela peut se produire.
Tout se résume au « nous » par opposition au « moi »
La façon la plus simple de décrire les différents scénarios, c’est de se demander qui a besoin du conseil : est-ce l’entreprise ou l’une des personnes de l’entreprise?
Pour préciser davantage, la grande majorité de ces cas concernent les propriétaires de l’entreprise, par opposition à ceux qui sont simplement des employés, même si cela peut certainement arriver aussi à l’occasion.
Mais lorsque quelqu’un doit clarifier des choses d’un point de vue juridique, tout se résume généralement à savoir si le conseil porte sur la façon dont l’entreprise devrait faire quelque chose, ou sur les droits des divers propriétaires concernés dans une affaire donnée.
Et ces différences sont plutôt marquées; il faut les examiner non seulement sur le fond, mais aussi en fonction de la perception qu’ont les autres du fait de demander ce conseil.
Les concours de… qui pisse le plus loin au sein de l’entreprise
Il y a une énorme différence entre dire « Je vais appeler notre avocat au sujet de… » et « J’appelle mon avocat! »
La personne appelle-t-elle l’avocat « pour moi » ou « pour nous »?
Quand les choses entre copropriétaires d’une même entreprise tournent au « nous contre eux », attention.
Regardons simplement quelques types de situations dans lesquelles j’ai été impliqué au cours des deux ou trois dernières années.
J’avais une cliente en coaching, une femme de la deuxième génération d’une famille, qui détenait maintenant le tiers de l’entreprise fondée par son père, avec ses deux frères.
Lorsqu’elle a exprimé une réticence à se retrouver seule dans une pièce avec l’un d’eux, j’ai su que cette situation dépassait ce que le coaching pouvait aider à résoudre, et je lui ai recommandé de retenir les services d’un avocat, pour elle-même.
Papa et le frère serrent la vis
Plus récemment, un homme qui se préparait à devenir propriétaire à parts égales, avec son frère, de l’entreprise fondée par leur père est venu me voir pour que je les aide à surmonter certains passages difficiles par la médiation.
À notre deuxième rencontre, j’ai appris que son frère et son père avaient récemment fait certaines choses qui m’ont fait sérieusement douter de leurs intentions.
Je lui ai recommandé de « commencer à chercher un avocat ».
Comme je le lui ai expliqué, il devait établir une relation avec un avocat dès maintenant, à l’avance, parce que j’avais l’impression qu’il pourrait, un jour (peut-être bientôt), devoir prendre certaines mesures, sur le plan juridique, à l’égard de ses associés.
Dans ces deux cas, je savais que ma capacité d’avoir un quelconque impact était très limitée, et qu’il valait mieux que je me retire, en disant essentiellement : « Je m’en vais! ».
La médiation comme « effort de la dernière chance »
Une autre famille cliente récente est composée d’une fratrie de quatre, qui sont maintenant propriétaires à parts égales de ce qui reste d’une entreprise fondée il y a des décennies par leur défunt père.
Certains ont travaillé pour l’entreprise pendant la majeure partie ou la totalité de leur vie adulte, d’autres de façon très intermittente, et ils se retrouvent maintenant dans une situation où la méfiance l’emporte sur la confiance.
Lors de mes rencontres individuelles avec chacun d’eux, absolument tous, à un moment ou à un autre, ont mentionné qu’ils envisageaient de retenir les services de leur propre avocat.
En fait, il m’est apparu clairement que j’étais leur dernier arrêt, et que si les choses ne fonctionnaient pas avec moi comme médiateur, au moins l’un d’entre eux engagerait un avocat.
En cas d’urgence, brisez la vitre
Être dans une position où j’ai l’impression d’être presque un « dernier espoir » comporte ses défis.
Mais quand tous les participants le savent aussi et sont conscients des enjeux, ils peuvent devenir très concentrés sur la conclusion d’une entente.
Parce que si l’un d’eux « sort l’artillerie des avocats », les autres devront le faire aussi.
