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Un lien au-delà de la rime
Bon nombre de mes missives hebdomadaires commencent par l’inspiration qui les a fait naître, et cela rend celle-ci un peu difficile pour moi.
Il y a souvent une sorte d’histoire derrière la façon dont une idée m’est venue et la raison pour laquelle je choisis ensuite d’en parler ici, en lien avec mon travail de conseiller auprès des familles pour leurs défis de transition du patrimoine ou de l’entreprise.
Les lecteurs réguliers savent que j’utilise un simple dossier Gmail pour conserver les idées qui me viennent à tout moment, et pour celle-ci, j’ai même dû regarder la date du courriel pour me rappeler quand l’idée m’était venue.
Ça aidera un peu, peut-être, mais ce dont je me souviens, c’est que je me suis réveillé tôt un matin avec l’idée de « curieux plutôt que furieux », mais sans la moindre idée de sa provenance.
Inspiré par mes collègues?
La date à laquelle je me suis envoyé l’idée par courriel était le samedi d’une rencontre entre pairs d’une fin de semaine dont j’ai parfois parlé ici, où des collègues se réunissent pour partager leur façon de travailler avec les familles, afin que nous puissions tous nous améliorer.
Nous avions commencé le vendredi après-midi et, pour une raison quelconque, quand je me suis réveillé le samedi matin, j’avais « curieux » et « furieux » en tête.
Je ne me souviens d’aucune discussion en particulier de la veille qui aurait pu provoquer cela, mais hélas, nous y voilà.
Je dois croire que le simple fait d’être avec ces collègues en était d’une certaine façon responsable.
Maintenant, mon défi est de transformer cela en quelque chose d’utile, tout en étant divertissant. Allons-y.
La curiosité comme antidote
Il y a quelques années, dans La curiosité comme antidote aux suppositions dans les familles, nous avons vu comment faire preuve de curiosité et poser des questions peut être une excellente façon de sortir de l’ornière qui consiste à s’accrocher à nos suppositions, qui sont si souvent erronées ou tout simplement dépassées.
Mais je me rends compte maintenant que lorsque je suis en colère, ce qui n’est pas aussi grave que d’être furieux, je peux généralement me ramener du bord du précipice en réfléchissant aux raisons pour lesquelles quelqu’un a pu faire ce qu’il a fait et qui m’a mis en colère.
J’ai abordé une partie de cela l’an dernier dans Cessez de présumer le pire : la méthode de l’IPG. Nous y avions vu comment le fait de s’obliger à penser à l’« interprétation la plus généreuse » (l’IPG) peut être utile pour réduire notre propre anxiété.
Il est impossible d’essayer de trouver une telle interprétation sans faire preuve de curiosité.
Les discussions familiales importantes peuvent créer des tensions
Une grande partie de mon travail consiste à aider les familles à avoir les conversations importantes qu’elles doivent avoir.
Elles savent au fond d’elles-mêmes qu’elles doivent avoir de telles discussions, mais malgré cela, elles ont presque toujours de la difficulté à les amorcer, puis à faire en sorte qu’elles se déroulent bien, lorsqu’elles sont laissées à elles-mêmes.
La présence d’un tiers neutre dans la pièce peut faire des merveilles, et c’est donc souvent moi qui fais preuve de curiosité en premier, puis j’encourage les autres à faire de même.
De la même façon, je fais souvent preuve de calme de manière délibérée, dans l’espoir qu’il devienne lui aussi contagieux. Voir Le calme est contagieux (2018).
Les discussions sur la façon dont les choses devront évoluer et changer à l’avenir sont chargées d’émotions, et il n’est pas rare que l’atmosphère devienne tendue; inévitablement, quelqu’un peut se mettre en colère, voire devenir furieux.
Ceux qui vivent ces émotions fortes ne savent généralement même pas exactement pourquoi ils sont montés sur leurs grands chevaux, parce que ce n’est pas dans la partie pensante de notre cerveau que les émotions sont régulées.
La curiosité à la rescousse
Comme je suis la personne sans lien de parenté dans la pièce, il est beaucoup plus facile pour moi de m’informer de la source des émotions.
Je peux poser, et je pose, des questions sur ce qui se trouve à la racine de l’indignation, parce que je suis sincèrement intéressé à connaître la réponse.
La personne en question peut souvent être perplexe devant mon intervention et mon désir de savoir, mais le simple fait que j’aie posé la question peut suffire à interrompre la tension assez longtemps pour provoquer chez elle une réflexion nécessaire.
À certaines occasions, cette introspection peut carrément surprendre tout le monde, et si l’espace semble suffisamment sûr, d’autres personnes dans la pièce peuvent aussi offrir leurs propres réponses.
Une grande partie du succès de telles interventions repose sur l’attitude positive qu’apporte un facilitateur expérimenté, afin de bien préserver l’espace propice à un dialogue productif.
Et une curiosité sincère est toujours un élément majeur du succès.


