Entreprise familiale : gestion ou gouvernance
Dans une entreprise familiale, il peut souvent y avoir de la confusion entre les questions liées à la gestion de l’entreprise et le domaine distinct, mais tout aussi important, de sa gouvernance.
Je le constate à bien des endroits chez mes clients familiaux, et j’espère que ce billet aidera à clarifier les différences.
Gestion = quotidien
La gestion de l’entreprise commence par toutes les actions et décisions quotidiennes nécessaires pour assurer son fonctionnement.
Il s’agit de ce que l’on peut voir se produire dans de nombreux secteurs, et cela comprend habituellement toutes les activités effectuées par la grande majorité des employés.
La gestion de toute entreprise, c’est l’exécution à court terme, par l’entreprise, de ce que l’entreprise a décidé que serait son activité.
Qui a décidé?
Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, le mot clé de la dernière phrase est « décidé ». J’ai volontairement dit que « l’entreprise a décidé », mais en réalité, ce n’est pas « l’entreprise » qui décide.
Il y a des personnes qui « gouvernent » l’entreprise et ce qu’elle fait, puis les gestionnaires de l’entreprise mettent ces décisions en œuvre au moyen de leurs fonctions de gestion.
Mais cela soulève tout de suite la question suivante : qui a le droit de décider? Et il y a encore un autre niveau à cette question, dont j’ai déjà traité ici : « Qui décide qui décide? »
C’est plus simple dans les grandes sociétés
Contrairement à une entreprise familiale, si l’on regarde une grande société, les choses sont assez claires. Les actionnaires élisent le conseil d’administration, qui décide qui fera partie de la direction.
Il y a de nombreux paliers et des mécanismes de contrôle, et des structures et procédures formelles sont en place pour encadrer toutes ces décisions.
Dans une entreprise familiale, eh bien, habituellement, pas tant que ça.
La gouvernance informelle
J’ai employé le mot « formelles » à dessein, parce qu’il me rappelle une expression que j’aime garder en tête :
« La formalité est votre amie »
Je dois remercier Ruth Steverlynck, l’une des formatrices du Family Enterprise Advisor Program, pour cette expression. Je l’ai beaucoup utilisée et je continuerai de le faire.
Les entreprises familiales résistent souvent à la formalité parce qu’elles ne veulent pas qu’elle les ralentisse. Parfois, c’est simplement le fondateur qui préfère y aller à l’instinct.
La gouvernance, ça sonne formel
Les lecteurs réguliers connaissent mes difficultés personnelles avec le mot « gouvernance », et le fait que j’entretiens avec lui une sorte de relation « amour-haine ».
Il sonne presque TROP formel, au point où il peut carrément faire fuir les gens.
J’essaie de l’adoucir en répétant qu’il n’est pas nécessaire d’être trop formel, et que toute gouvernance que vous choisissez de mettre en place se fait idéalement de façon progressive.
Crise constitutionnelle
Je lis beaucoup de choses issues du milieu universitaire de l’entreprise familiale, et je vois beaucoup de gens employer l’expression « constitution familiale » ces derniers temps. Une constitution familiale PEUT être une excellente chose pour une famille.
MAIS, et c’est un gros mais, ce ne devrait pas être le point de départ du processus de gouvernance.
En fait, personnellement, je ne mentionnerais probablement même jamais le mot « constitution » durant ma première année de travail avec une famille.
Confusion de la direction
Parfois, la direction de l’entreprise agit comme si elle était aussi responsable de la gouvernance parce que, eh bien, franchement, elle le peut.
Mais une entreprise familiale est un système complexe, qui comprend non seulement l’entreprise, mais aussi la famille et la propriété.
C’est dans ces systèmes interdépendants qu’une certaine formalité et la définition des rôles et des responsabilités entrent en jeu.
En fait, déterminer, décider et mettre par écrit qui tranche quelles questions, c’est précisément l’essence de la gouvernance.
La clarté, ça aide beaucoup
Il peut y avoir beaucoup de situations ambiguës dans une entreprise familiale et, quand les choses ne sont pas claires, les gens se marchent souvent sur les pieds, ce qui peut créer des conflits.
Il est important de préciser quels groupes de personnes seront responsables de quelles décisions.
Mais c’est parfois très difficile à faire.
Il faut vraiment en « débattre » en groupe. Il faudra peut-être aussi finir par faire du « marchandage » et des compromis.
« N’essayez pas ça à la maison »
Ce qui peut arriver, c’est que les familles essaient de régler ces questions par elles-mêmes et finissent par empirer les choses.
Une personne indépendante, qui n’a aucun intérêt dans ces systèmes, peut grandement contribuer à rendre ces discussions plus productives, et plus civilisées! Ça vaut la peine d’essayer.
