Family business and legacy adviser

L’intendance pour les familles entrepreneuriales

L’intendance pour les familles entrepreneuriales

Balado Let’s Talk Family Enterprise, épisode no 49

Animateur : Steve Legler

Invité : David York

L’animateur Steve Legler s’entretient avec David York, auteur de The Gift of Lift et Entrusted, du concept d’intendance (stewardship) et de la façon dont il s’applique aux familles entrepreneuriales. York présente aussi les trois questions auxquelles chaque membre de la relève d’une famille doit obtenir une réponse, ainsi que sa vision du continuum qui va du sentiment de droit acquis à l’asservissement.


Points clés

[:26] Steve Legler accueille David R. York au balado et lui demande de parler un peu du sous-titre de son plus récent livre : Harnessing the Power of Stewardship to Elevate the World (Exploiter le pouvoir de l’intendance pour élever le monde).

[4:21] Enfant, David jouait au « slug bug »; il fait un parallèle avec le fait de chercher et de trouver des exemples d’intendance dans le monde.

[5:50] Même si on utilise et entend beaucoup ce mot, l’intendance est rarement définie. David propose la définition de travail qu’il a élaborée dans son livre, ainsi que le contraire de l’intendance : le consumérisme.

[8:36] La transcendance et l’investissement caractérisent les intendants; David parle du trait mal perçu qu’est le sentiment de droit acquis et raconte son expérience dans un vignoble de cinq générations à Vérone.

[11:49] Les intendants ont une perspective unique sur la relation avec le passé, le présent et l’avenir. David présente les quatre éléments de base clés des intendants.

[13:55] David approfondit les notions d’égalité des chances et de coût par rapport à la valeur. Il aborde aussi les quatre P : purpose (raison d’être), preparation (préparation), perspective (perspective) et participation (participation).

[18:35] Le problème insidieux des parents « chasse-neige » et le problème du sentiment de droit acquis perçu.

[20:11] Les trois questions essentielles que David pose pour aider les familles à surmonter les plus grands enjeux entourant le transfert du patrimoine.

[25:16] Entrusted (« confié ») se situe en plein milieu entre le sentiment de droit acquis et l’asservissement; Steve et David expliquent comment garder l’équilibre grâce aux droits et aux responsabilités.

[29:04] Les recommandations de lecture de David et ses conseils pour les conseillers.

Transcription

Let’s Talk Family Enterprise explore des idées, des concepts et des modèles du monde entier qui aident les conseillers en entreprise familiale à mieux servir leurs familles clientes, une présentation de Family Enterprise Canada. Toutes les informations et opinions exprimées pendant ce balado sont uniquement celles des personnes concernées et ne représentent pas nécessairement celles de Family Enterprise Canada.

0:24
Bonjour et bienvenue à un autre épisode du balado Let’s Talk Family Enterprise. Je m’appelle Steve Legler et c’est un plaisir d’être votre animateur encore une fois. Ce mois-ci, nous allons parler du concept d’intendance, tel qu’il s’applique aux entreprises familiales et à d’autres aspects de notre vie. Notre invité est David York, que j’ai eu le plaisir d’apprendre à connaître au cours des dernières années lors de conférences aux États-Unis, notamment au RendezVous du Purposeful Planning Institute à Denver, ainsi qu’aux conférences de l’Institute for Family Governance à New York. David est avocat et CPA, établi en Utah. Et chaque fois que je l’ai entendu parler, je suis reparti inspiré. Son plus récent livre s’intitule The Gift of Lift, Harnessing the Power of Stewardship to Elevate the World. Je l’ai lu à sa sortie l’an dernier, et je suis content d’avoir enfin communiqué avec lui pour l’inviter au balado. Nous avons beaucoup de choses à discuter. Alors accueillons notre invité et commençons. David York, merci d’être avec nous aujourd’hui. Bienvenue au balado Let’s Talk Family Enterprise.

1:25
Merci, Steve. J’adore toujours discuter avec vous. J’attends celle-ci avec impatience depuis une semaine.

1:29
Très bien. Alors entrons tout de suite dans le vif du sujet. J’ai lu le titre du livre, y compris le sous-titre, et c’est par là que je veux commencer : Harnessing the Power of Stewardship to Elevate the World. Pouvez-vous nous… je sais que les sous-titres de livres, ce n’est pas quelque chose qu’on écrit, vous savez, d’un seul coup; on y réfléchit beaucoup. Alors pouvez-vous nous parler un peu de la réflexion derrière tous les mots de ce sous-titre?

1:56
Oui, alors, vous savez, et même le titre lui-même, c’est assez drôle. Ça m’a pris plus de temps à le trouver qu’à écrire le livre lui-même, même si c’était… il y a en fait eu un processus d’environ six ans, et c’est venu d’une expérience que j’ai vécue avec une cliente. Elle m’a permis de raconter l’histoire; son nom est Kyle Miller, propriétaire du Utah Jazz, et il y a plusieurs années, nous travaillions sur une fiducie conçue pour garder et garantir que le Jazz resterait en Utah indéfiniment. Ici, nous sommes une ville à une seule équipe sur le plan sportif, alors c’est très important pour la communauté. Donc nous travaillions sur cette fiducie et, tout bonnement, je passais en revue les modalités, et j’ai dit : « Donc, comment se passerait le fait que vous ne possédiez plus le Jazz? » Et elle a fait une sorte de pause et elle a dit : « Eh bien, je ne possède pas le Jazz », et elle est retournée à sa lecture, et moi, je me suis un peu hérissé, vous savez, parce que je suis planificateur successoral, et Gail est l’une des personnes les plus intelligentes et les plus sages que je connaisse; elle exploite 70 entreprises différentes et elle connaît les détails de chacune. Mais, vous savez, c’est quand même moi le planificateur successoral. Alors, vous savez, j’ai pris une minute et j’ai dit : « Eh bien, non, en fait, vous possédez le Jazz. » Et je n’oublierai jamais : elle a arrêté ce qu’elle faisait, elle m’a regardé et elle a dit : « Non, je suis l’intendante du Jazz. » Et honnêtement, ça a été l’une des expériences les plus profondes de ma carrière professionnelle parce que, vous savez, à ce moment-là, j’ai vu quelqu’un qui avait transcendé la propriété. Je pense que dans, dans notre société et notre culture, surtout dans les structures capitalistes, pour nous, le summum, c’est la propriété, posséder quelque chose, et pourtant voici quelqu’un qui voyait quelque chose au-delà de la propriété. Ça m’a donc lancé dans un, dans un processus de plusieurs années de réflexion, d’étude et de recherche, à la recherche d’exemples d’intendance. Et j’ai vraiment vu la puissance qui découlait de cette mentalité d’intendance, et comment elle l’utilisait vraiment pour élever ceux qui l’entouraient, les communautés dont elle fait partie et le monde dans son ensemble. Le livre est donc vraiment l’aboutissement de six années passées à essayer de comprendre ce qu’elle avait exprimé en une seule phrase.

4:18
C’est vraiment intéressant, parce que j’avais une théorie, nous n’en avons pas parlé. Mais quand j’ai vu que vous aviez écrit ce livre sur l’intendance dans le monde, pas seulement dans les entreprises familiales, ma théorie était que c’est grâce à votre travail avec les familles que vous aviez découvert l’intendance, et qu’ensuite vous aviez commencé à regarder où elle s’applique dans d’autres sphères du monde. Et il semble que c’est ce que vous avez fait pendant six ans : chercher d’autres domaines où elle s’applique.

4:46
Oui, c’est vraiment ça. Et ça va trahir mon âge, mais quand j’étais enfant, on jouait à un jeu qui s’appelait « slug bug ». Je ne sais pas si ça existe au Canada ou non. Mais on cherchait des Coccinelles Volkswagen, et le premier qui en repérait une pouvait donner un coup de poing sur le bras de son frère ou de sa sœur. Mais ce qui est drôle, c’est qu’une fois qu’on commence à les chercher, on commence à en voir partout. Aha. Et c’est un peu ce qui m’est arrivé : une fois que j’ai commencé, une fois que j’ai compris ce qu’était l’intendance, on commence à voir des intendants partout. Je pense qu’un parent au foyer peut être un intendant. Je pense qu’un enseignant, je pense, évidemment, aux propriétaires d’entreprise, aux politiciens; c’est un état d’esprit. Ce n’est pas un poste. Et donc, on, on trouve et on voit des intendants dans l’histoire, on trouve des intendants dans son quartier; alors une fois qu’on commence à les chercher, on en voit partout. Mais oui, c’est définitivement une entreprise familiale qui a été à l’origine de tout ça.

5:47
L’auditoire de ce balado est essentiellement composé de conseillers en entreprise familiale, des gens qui ont suivi le programme FBA ici au Canada. Nous sommes donc des gens qui travaillent avec des familles, et je suppose que nous entendons tous parler d’intendance dans le contexte de l’entreprise familiale, sans être nécessairement certains de ce que ça veut dire. Mais il me semble que s’ils commencent à bien saisir le concept, ils en verront des exemples, pas seulement dans les entreprises familiales, ce qui pourra peut-être les aider à en parler avec leurs familles clientes.

6:18
Oui, je pense que c’est, je pense que c’est vrai. Et c’est intéressant, parce qu’on voit beaucoup le mot « intendant »; on l’entend dans des contextes environnementaux. On l’entend dans un, dans un contexte d’affaires. On l’entend même au sujet de nos propres ressources personnelles, n’est-ce pas? Vous savez : est-ce que je suis bon? Suis-je un bon intendant des actifs que j’ai? Mais je trouve intéressant que ce soit un mot souvent utilisé, mais rarement défini. Il peut donc souvent avoir des définitions différentes selon les personnes. Une partie de ce que j’ai fait, c’est donc d’élaborer une définition de travail de l’intendance. Pour moi, un intendant est quelqu’un qui est pleinement investi dans quelque chose de plus grand que lui-même. Il y a donc deux composantes essentielles : un investissement profond, mais aussi la transcendance. Autrement dit, la personne s’engage à fond dans quelque chose qui ne la concerne pas elle-même. Et, vous savez, malheureusement, si souvent dans la société d’aujourd’hui, on le voit surtout en matière de transfert du patrimoine, on a en fait le contraire. On n’exige généralement que peu ou pas d’investissement, et il y a rarement quelque chose de plus grand que nous-mêmes, et ce qui en résulte, c’est le contraire de l’intendance : le consumérisme. Et malheureusement, je pense que nous voyons tous les effets d’une culture de consommation, mais une culture de consommation ne concerne pas l’investissement. Et elle ne concerne rien de plus grand que nous-mêmes. Et je pense que l’une des choses que j’ai vues chez les gens préoccupés par le consumérisme, c’est qu’ils venaient me voir en cherchant des façons de réduire les distributions aux enfants, ou d’ajouter, vous savez, des dispositions d’appariement au revenu, ou des limites sur ce que les héritiers pouvaient recevoir, des restrictions, n’est-ce pas, sur la façon dont ça peut être donné. Mais ce que j’ai fini par comprendre, c’est que le contraire du consumérisme, ce n’est pas moins de consumérisme; vous savez, ça, c’est simplement du minimalisme. C’est une forme réduite de consumérisme, mais le contraire du consumérisme, c’est l’intendance. Il s’agit donc vraiment d’un état d’esprit différent, plutôt que de simplement réduire la consommation de la richesse ou d’y imposer des restrictions.

8:34
Vous parlez donc de ces, de ces deux axes importants, je suppose, de votre diagramme ici, la transcendance et l’investissement, et vous dites que les intendants se situent haut en investissement et en transcendance, mais que la plupart des gens, comme peut-être le sentiment de droit acquis, se situeraient plutôt bas en investissement et bas en transcendance.

8:56

Oui, exactement. Et vous savez, et « entitlement » (le sentiment d’avoir droit à tout) est un mot qu’on lance très souvent en planification successorale, en transfert du patrimoine. Bien souvent, c’est dans un sens péjoratif. Mais la réalité, c’est que nous avons tous un certain sentiment d’avoir droit à des choses; l’« entitlement », c’est une question de droits. À quoi avons-nous droit en matière de traitement, en matière de contrats, d’ententes, d’autres choses dans lesquelles nous nous engageons? Le problème n’est pas une perspective fondée sur les droits; c’est lorsque nous avons des droits en l’absence de responsabilités. Et, vous savez, on peut aussi voir l’inverse, n’est-ce pas : quand on a seulement des responsabilités en l’absence de tout droit, cela crée une forme d’asservissement, mais, vous savez, pour moi, les intendants équilibrent à la fois les droits et les responsabilités, toujours en ayant à l’esprit quelque chose qui est, qui est plus grand qu’eux. Alors, vous savez, pour vous donner un exemple d’intendance, et encore une fois, une fois qu’on commence à la chercher. Il y a plusieurs années, ma femme et moi avons eu la chance d’aller en Italie et nous avons visité un vignoble à l’extérieur de Vérone, un magnifique vignoble, une entreprise familiale de cinquième génération qui prépare sa sixième génération. Et je parlais avec la fille qui dirigeait l’entreprise familiale. Ils sont en train de faire croître et d’agrandir le domaine viticole. Et je lui ai demandé, je lui ai dit : quel est le secret d’une entreprise familiale de cinq générations? Elle m’a regardé et m’a répondu un seul mot, et donc, vous savez, je me creusais la tête. Quel est, quel est, quel est le mot magique? Oui. Est-ce, est-ce l’amour? Est-ce la famille? Est-ce l’alcool, vous savez, genre, c’est quoi le secret? N’est-ce pas? Mais elle a dit : la passion, et je n’oublierai jamais la façon dont elle l’a décrite. Elle a dit : c’est un travail magnifique, mais c’est aussi très difficile. Alors il faut lever les yeux et voir la beauté, puis baisser les yeux et faire le travail. Et à ce moment-là, ce qu’elle décrivait, c’était l’intendance. Pour eux. La transcendance, c’était la beauté, la beauté du vignoble, la beauté du produit, la beauté du vin et de ce qu’ils étaient capables de produire, mais cette beauté les a poussés à un engagement et à un investissement profonds, et cet, cet engagement et cet investissement profonds, qu’ont-ils fait? Ils ont ajouté à la beauté. On crée donc une sorte de spirale ascendante, n’est-ce pas, où la transcendance mène à l’investissement. L’investissement mène à l’expression de cette transcendance, et les deux travaillent en fait ensemble pour créer quelque chose de meilleur que, que l’un ou l’autre.

11:48
Excellent, ça, ça, oui, la beauté ou la passion? Je veux dire, tout cela se renforce mutuellement. Et quand une famille a cela, on peut le voir, et je pense que nous tous qui travaillons avec des familles, nous avons certaines familles vers lesquelles nous sommes attirés parce que, quand on est avec elles, on sait qu’elles ont cette passion et cette, cette mentalité d’intendance : elles veulent garder le, elles savent qu’elles ont quelque chose de bon. Et il est si important pour elles de vouloir maintenir cela afin de pouvoir le transmettre à la génération suivante en meilleur état que lorsqu’elles l’ont reçu.

12:22
Oui, et c’est l’une des choses intéressantes au sujet des intendants : ils ont une perspective unique entre le passé, le présent et l’avenir. Autrement dit, le passé est ce qui les oriente. Le présent est ce dans quoi ils sont engagés, et l’avenir est ce qui les attire. Et donc, ils ne regardent pas seulement le moment présent, mais ils regardent leurs prédécesseurs et ils regardent les gens de l’avenir, et ils, ils relient tout cela de façon harmonieuse, contrairement, encore une fois, à une mentalité de consommateur, qui tend à être une mentalité très ancrée dans le présent, dans l’instant.

13:01
Je pense que les gens, quand ils pensent à l’intendance, reconnaissent la partie sur l’avenir, mais ne reconnaissent peut-être pas l’importance de connaître aussi le passé. Je sais que nous parlons souvent des familles, avec les familles, de l’importance de partager l’histoire afin que tout le monde sache d’où il vient, et je n’avais jamais fait le lien entre cela et l’importance que cela a pour toute cette question d’intendance. J’aimerais passer à un point situé à peu près au milieu du livre, où vous parlez de quatre éléments de base clés pour les intendants. Et le premier me saute aux yeux, et je sais que je vous ai entendu en parler; j’aimerais que vous nous parliez un peu de l’importance de l’égalité des chances, parce que nous parlons souvent, vous savez, avec nos clients, et ils veulent être, vous savez, équitables plutôt qu’égaux et tout ça, ce qui est équitable et ce qui est égal. Et vous insistez sur le fait que c’est l’égalité des chances qui est importante. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

13:56
Oui, vous savez, je parle souvent du modèle traditionnel de planification successorale comme du modèle des quatre D : déverser, diviser, différer, dilapider, n’est-ce pas. Nous déversons les actifs sur la génération suivante. Nous essayons de les diviser également, d’essayer de différer tout impôt potentiel et, au bout du compte, nous dilapidons le patrimoine. Vous savez, si je devais nommer l’un des plus grands problèmes de la planification traditionnelle du transfert du patrimoine, c’est qu’elle est axée sur les actifs. Elle est axée sur l’entreprise, les, les biens immobiliers, les actions et les obligations et d’autres choses. Au lieu de se concentrer sur la destination de ces actifs. J’essaie donc de souligner auprès des clients l’importance de créer des occasions, parce que, encore une fois, l’un des éléments clés d’un intendant, c’est le coût, l’investissement. Et au bout du compte, en 26 ans de planification successorale, s’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que nous accordons de la valeur aux choses en fonction de ce qu’elles nous coûtent. Et quand quelque chose ne nous coûte rien, nous ne pouvons tout simplement pas lui accorder la même valeur qu’à quelque chose qui nous a coûté, n’est-ce pas, et tant de mes clients ont donc gagné leur fortune, ont fait croître leur entreprise grâce à un travail acharné. Des risques, du stress, des nuits blanches. Ils accordent une grande valeur à ce qu’ils ont, mais je ne peux pas transférer le coût, je ne peux transférer que la ressource, et donc, quand nous nous concentrons sur les actifs, nous finissons souvent par miner cette proposition de valeur. Au lieu de cela, si vous vous concentrez sur la création de chances égales pour vos enfants, vous leur permettez d’apporter cet élément de coût et donc de valeur. Et donc, au lieu des quatre D, je me concentre sur ce que j’appelle les quatre P. Le premier est le but (purpose). Vous savez, les familles qui réussissent le mieux sur plusieurs générations savent, au fond, qui elles sont, ce qu’elles valorisent et ce en quoi elles croient; elles ont une clarté quant à leur but. Elles ont leur pourquoi, elles ont cette transcendance qui est plus grande qu’elles. Deuxièmement, c’est la préparation. Il s’agit de créer de la formation, des outils et des ressources. Malheureusement, ce que bien des familles veulent faire, c’est créer des résultats égaux. Et ce faisant, elles finissent par traiter leurs enfants différemment. Et cela peut créer tellement d’enjeux. Et de problèmes. Et donc, lorsque vous offrez des occasions et que vous le faites de façon équitable et égale, la réalité, c’est que vous allez obtenir des résultats différents. Mais si l’objectif est de créer l’environnement idéal pour les relations et d’éviter les problèmes et la consternation, vous devez reconnaître que ce sera un résultat possible. Le corollaire de l’égalité des chances, ce sont des résultats différents. Troisièmement, c’est la perspective. S’assurer que les enfants comprennent clairement le monde qui les entoure. Bien souvent, nous pouvons vivre dans des bulles et des mythes. Penser que notre façon de vivre est celle de tout le monde. Et enfin, c’est la participation. Vous savez, beaucoup de mes clients, encore une fois, ont gagné leur fortune grâce à un travail acharné, et une partie de ce qu’ils veulent faire, c’est rendre la vie un peu plus facile à la génération suivante, et c’est une chose bonne et noble à faire. Et pourtant, la réalité, c’est que ce sont ces difficultés, ces luttes et ces épreuves que nous traversons qui ont en fait contribué à nous forger, alors je pense que, de façon adaptée à l’âge, créer des responsabilités, rendre service à la famille, gagner de l’argent, surtout de façon autonome, sont tous des éléments essentiels pour offrir l’égalité des chances.

17:53
Et je veux dire, vous avez dit beaucoup de choses qui me font hocher la tête, et je suis sûr que c’est le cas pour beaucoup de nos auditeurs, parce que nous avons tous des clients qui travaillent si fort pour créer ce patrimoine, et qui veulent ensuite devenir ce qu’on appelle des parents chasse-neige. Donc, enlever, enlever tous les obstacles du chemin de leurs enfants. Parce qu’ils ne veulent pas qu’ils aient à vivre cela. Sans reconnaître que ce que les parents ont dû traverser est justement la raison pour laquelle ils ont réussi, et qu’ils privent en fait leurs enfants de la, de l’occasion de créer leur propre chemin et d’apprendre par eux-mêmes plutôt que de tout recevoir sur un plateau d’argent. Oui, vous avez mentionné, allez-y.

18:35
Non, j’allais simplement dire que je pense que c’est tellement vrai. Et, et l’une des choses insidieuses là-dedans, et je ne pense pas que beaucoup de clients le reconnaissent ou s’en rendent compte, mais l’un des dangers d’être ce parent chasse-neige, c’est que les enfants ont l’impression qu’ils ne peuvent pas y arriver par eux-mêmes. Et, vous savez, la réalité, c’est qu’habituellement nous n’aidons pas les gens à faire des choses qu’ils peuvent facilement faire. eux-mêmes. Nous avons tendance à intervenir et à aider les gens quand nous pensons qu’ils ne peuvent pas faire quelque chose. Donc, bien souvent, dans notre désir d’aider et de soutenir nos enfants ou de leur faciliter les choses, ils commencent à recevoir le message qu’ils ne peuvent pas y arriver seuls. Et cela peut être une perspective terriblement handicapante pour quelqu’un

19:27

le « je ne peux pas le faire ». Alors quelqu’un doit le faire pour moi, ou bien c’est indigne de moi : pourquoi devrais-je faire cela, puisque je suis une personne spéciale? Et, et quand on combine certaines de ces choses, on obtient alors ce sentiment d’avoir droit à tout qui, je pense, inquiète bon nombre de nos clients, et comme vous l’avez dit plus tôt, ils, ils se tournent alors automatiquement vers des façons de restreindre ce que, vous savez, ce que, quel patrimoine, quels actifs ou quel argent leur revient, simplement parce qu’ils craignent qu’ils ne soient pas capables de le gérer, au lieu de préparer les héritiers à recevoir les actifs de façon à savoir qu’ils seront capables de, de gérer tout ce qu’ils recevront. Exactement. Je m’en voudrais de ne pas aborder vos trois questions essentielles, parce que je vous ai déjà entendu en parler, et je les ai même partagées avec d’autres personnes lors de présentations que j’ai données, et les gens s’arrêtent et disent : attendez, attendez, pouvez-vous répéter ces trois choses? Alors, alors je sais que c’est en quelque sorte la citation phare de tout ce que je vous ai entendu présenter. Pouvez-vous nous dire un peu d’où cela vient et quelles sont ces trois questions essentielles auxquelles, auxquelles chaque membre de la génération montante d’une famille doit connaître les réponses?

20:45
Oui, je dirais que l’un des plus grands problèmes, sinon le plus grand, auxquels les familles font face en matière de transfert réussi du patrimoine, c’est l’ambiguïté. Vous savez, malheureusement, et je travaille avec beaucoup de clients qui savent comment devenir riches. Ils ne savent pas comment être riches, ou avec beaucoup de clients qui veulent parler de patrimoine avec leurs enfants, mais qui ont été élevés par cette, cette grande génération silencieuse. Parler d’argent était un sujet tabou, et donc, et ils ont peur; j’ai eu des clients qui m’ont dit : écoutez, j’ai peur que si mes enfants savaient combien d’argent nous avons, ils pourraient, ils pourraient penser qu’ils vont simplement hériter d’une fortune, et que cela nuise à leur autonomie ou à leur capacité de subvenir à leurs besoins, ou je ne sais pas comment parler d’argent avec les enfants, ou que sais-je encore. Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que notre cerveau n’est pas fait pour l’ambiguïté. Et quand, quand les enfants se trouvent dans une situation ambiguë, ils inventent en fait une histoire qui peut être vraie ou non, mais qui correspond à leur compréhension de la circonstance ou de la situation. Et donc, je dis aux familles que s’il y a une chose que vous pouvez faire pour vos enfants, pour les générations successives, cela s’applique dans les entreprises. Cela s’applique dans les organisations, mais surtout au sein d’une famille. Je pense que chaque enfant, le plus tôt possible, certainement au plus tard au secondaire, devrait connaître la réponse à trois questions. La première question est : à quoi puis-je m’attendre? Parce que je fais partie de cette famille. La deuxième question est : à quoi ne devrais-je pas m’attendre? Simplement parce que je fais partie de cette famille. Et la troisième question est : qu’attend-on de moi? Maintenant, je vous dirai que dans la vaste majorité des familles fortunées avec lesquelles je travaille, les enfants ne connaissent pas les réponses à ces trois questions. Non, ils

22:39
probablement, ils, ils ont leur propre réponse à la première, qu’ils ont inventée en l’absence de toute information. Et puis les autres. Ils n’y ont probablement jamais pensé, mais, mais maintenant. Alors comment amenez-vous vos clients, les parents, à comprendre cela et, en fait, bon, je suppose que dans bien des cas, les parents n’ont jamais pensé à ces questions. Et peut-être que maman et papa n’ont pas nécessairement les mêmes réponses. Est-ce que cela fait partie de la première chose qu’ils doivent surmonter?

23:15
Exactement, exactement. Et je dirais que la raison pour laquelle les enfants ne connaissent pas les réponses, c’est que les parents ne les leur ont jamais données, et la raison pour laquelle ils ne les leur ont pas données, c’est qu’ils n’ont pas trouvé les réponses à ces questions. Et pourtant, elles sont, elles sont fondamentales. Vous savez, qui parmi nous accepterait un emploi sans savoir à quoi s’attendre? À quoi ne pas s’attendre et ce qu’on attend de nous, n’est-ce pas? Et pourtant, nous sommes dans ces familles. Et cette ambiguïté s’installe. Et donc, et c’est un processus, et il arrive souvent que les parents aient une perspective un peu différente. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas arriver à la même conclusion. Ils ont simplement, encore une fois, inventé leurs propres réponses à ces questions. Et donc, je commence toujours avec les parents, pour qu’ils puissent s’asseoir et formuler cela. Je dois dire que c’était drôle : j’ai passé ces questions en revue avec un client une fois, et il m’a dit : vous savez ce que je vais faire? Je vais aller poser ces questions à mes enfants et voir ce qu’ils répondent. Certains adultes, certains enfants adultes. Et il est revenu et il a dit : mon Dieu, ça a été très éclairant. Et il a dit : certaines choses auxquelles ils ont répondu, je me suis dit, c’est en plein ça. C’est exact. Et d’autres. Ils étaient, il s’est dit : wow, j’ai quelques conversations à avoir. C’est donc un cadre simple. Et pourtant, ce qui est formidable, c’est qu’il équilibre à la fois les droits et les responsabilités, n’est-ce pas? « À quoi puis-je m’attendre? » porte sur les droits que j’ai dans cette famille. « À quoi ne devrais-je pas m’attendre? » et « Qu’attend-on de moi? » sont des questions de responsabilité : quelles sont les responsabilités que j’ai? Et dans les meilleures relations, on a une combinaison de droits et de responsabilités, et c’est, c’est le moyen le plus simple d’éviter le sentiment d’avoir droit à tout ou l’asservissement : un juste équilibre entre ces deux aspects.

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Je suis content que vous en parliez, parce que j’ai ce continuum que j’ai dessiné dans mes notes pour préparer cette entrevue, et ce serait une bonne façon de, donc j’ai le sentiment d’avoir droit à tout d’un côté et l’asservissement de l’autre. Et donc, c’est l’équilibre entre les droits et les responsabilités. Et donc, on veut trouver ce juste milieu où les droits et les responsabilités sont, tout d’abord, bien compris. Mais qu’il y a, qu’ils sont en quelque sorte en équilibre, et qu’on ne se retrouve pas avec tout un tas de droits sans responsabilités, parce que cela crée le sentiment d’avoir droit à tout, alors que dans certaines familles, c’est le contraire. Ils n’ont aucun droit, mais d’énormes attentes et beaucoup de responsabilités, et trouver le juste milieu, que vous appelez, je crois, « entrusted » (à qui l’on fait confiance). Et c’est un autre livre que vous avez écrit il y a quelques années, ce livre intitulé Entrusted, qui parle en quelque sorte de ce juste milieu où vous n’êtes pas, vous n’êtes pas asservi, parce que vous avez en fait certains droits. Et pas seulement des responsabilités. Et vous n’avez pas le sentiment d’avoir droit à tout, parce que vous avez certaines responsabilités qui vont avec les droits que vous avez. Ai-je bien résumé?

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Oui, non, je pense que c’est excellent. Et puis, vous savez, je dis toujours, et je suis sûr que vous le voyez souvent, Steve, mais je vois même au sein des familles qu’il y a des sous-groupes, donc vous aurez certains enfants qui, oui, ne ressentiront que des responsabilités et aucun droit, et d’autres enfants qui n’ont que des droits et aucune responsabilité. Le système peut donc fonctionner dans son ensemble parce qu’il y a un équilibre entre droits et responsabilités, mais ceux-ci ne sont pas répartis également entre tout le monde. Vous savez, vous pouvez avoir le proverbial aîné qui est responsable de tout faire et le benjamin qui n’est responsable de rien. Et même si cela peut fonctionner vu de l’extérieur, comme si tout était réglé, cela crée toute une série de problèmes internes. Et donc, il est important que chacun au sein du système, le parent, le conjoint, les enfants, ait un équilibre entre droits et responsabilités. Sinon, vous allez avoir des, des problèmes à long terme, vous allez vous heurter à l’épuisement. Vous allez vous heurter à des dysfonctionnements ou à des dépendances. Quand, quand il n’y a pas un bon équilibre entre les deux pour tout le monde.

27:22
C’est tellement intéressant. Je n’y avais jamais pensé de cette façon. Donc les parents peuvent parfois avoir l’impression qu’il y a ce merveilleux équilibre parce qu’ils voient que l’ensemble semble fonctionner, mais ils ne regardent pas les individus qui le composent, et certaines personnes sont à un bout et d’autres à l’autre. Et quand maman et papa ne seront plus là, c’est la recette d’un désastre à venir à cause de cela, alors il faut vraiment examiner cela. Et cela nous ramène à ce dont vous parliez, l’égalité des chances, mais pas seulement le, donc si quelqu’un, si deux frères et sœurs reçoivent la même chance et que l’un saisit la balle au bond, fonce et réussit très bien, et que l’autre n’en fait pas autant, c’est difficile pour les parents de simplement regarder cela et de laisser faire, mais s’ils essaient ensuite d’égaliser les choses après coup, ils ne feront qu’empirer la situation.

28:16
Exactement. Exactement. C’est donc les deux à la fois, et il faut examiner les choses à la fois dans une perspective globale de groupe, mais aussi individuellement.

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Et c’est, c’est la partie fascinante de ce travail, et souvent les gens qui arrivent dans ce domaine et qui ont l’habitude de travailler, disons, avec la génération des parents, et qui commencent seulement maintenant à participer à des réunions de famille avec, avec la relève, c’est quelque chose que nous voyons, et c’est comme : oh mon Dieu, je vois ça, qu’est-ce que j’en fais? Mais au moins, votre livre qui parle d’intendance nous donne un peu, un peu de vocabulaire et quelques outils pour pouvoir trouver comment aider les familles à avoir ces conversations, qui, comme nous le disions, sont parfois difficiles à amorcer. Oui, je suis d’accord. David, ça a été fascinant et malheureusement, nous devons commencer à conclure bientôt. Alors, comme d’habitude, nous terminons toujours avec chaque invité par quelques dernières demandes avant de partir. Je dois donc vous demander, tout d’abord, une recommandation de livre, quelque chose que vous avez lu et que vous aimeriez faire connaître aux autres. Et la dernière chose sera un conseil, c’est-à-dire un conseil d’un conseiller d’expérience comme vous, qui travaille avec des familles, à l’intention d’autres personnes qui travaillent aussi avec des familles. Alors pouvons-nous commencer par une recommandation de livre, s’il vous plaît?

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Oui, et pour moi, les meilleurs livres sont ceux que, lorsqu’on les termine, on recommence à lire, parce qu’ils nous font tellement réfléchir, et le mien, c’est Think Again d’Adam Grant. Il fait un si bon travail pour vraiment remettre en question notre façon de penser et les hypothèses que nous avons. Alors je recommande fortement ce livre. Je pense que c’est un excellent livre, surtout à l’époque où nous vivons en ce moment, où nous en savons tellement, même si une grande partie de ce que nous savons est faux. C’est donc une façon d’aborder l’information, les croyances et tout le reste d’une manière vraiment constructive, je pense.

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D’accord, bien. Adam Grant, Think Again. Et il a écrit quelques livres, tous sur la pensée, n’est-ce pas? Et donc oui, oui, Give and Take et quelques autres excellents livres. Donc Think Again, d’Adam Grant. Excellent. Alors maintenant, un conseil pour nos auditeurs.

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Eh bien, vous savez, j’ai une citation et je dois l’expliquer, mais il y a un excellent site Web qui s’appelle despair.com. Ils ont le contraire des affiches de motivation. Ils ont des affiches de démotivation, et il y en a de vraiment, vraiment drôles, mais l’une de mes préférées est une photo d’un flocon de neige. Et on peut y lire : « Comme un flocon de neige, vous êtes unique, exactement comme tout le monde. » Oui. Et ce que j’aime là-dedans, c’est que, vous savez, je pense que si souvent, nous regardons les différences et nous voyons à quel point tout le monde est différent : « Oh, notre famille est différente. Notre famille est unique. Oh, cette personne est différente. » C’est ce qui fait que nous sommes tous pareils. Ce n’est pas que les différences n’existent pas et que nous n’avons pas besoin de les reconnaître. Mais la réalité, c’est que nous sommes humains. Nous avons donc tellement en commun. Et je pense qu’en tant que conseillers, il faut reconnaître que même si chaque situation est unique et différente, c’est ce qui fait que nous sommes pareils, et qu’au bout du compte, il y a des choses humaines très, très fondamentales. Encore une fois, qu’il s’agisse simplement de comprendre les attentes et les responsabilités, ça peut s’appliquer à tout le monde. Alors je pense qu’il ne faut pas avoir peur des situations uniques ou différentes, parce que c’est vrai pour tout le monde. Mais reconnaissez que vous pouvez apporter de la valeur et que, honnêtement, ce qui nous rend semblables pèse beaucoup plus que ce qui nous rend différents. Excellent. Et

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en tant que conseillers de ces familles, nous pouvons leur apporter de la valeur même si nous voyons dans cette famille quelque chose que nous n’avons pas vu dans une autre famille, simplement parce que nous leur offrons un point de vue différent sur les choses, et nous pouvons leur rendre un grand service. David York, merci encore de vous être joint à nous et d’avoir partagé votre expertise avec notre auditoire. Oh, ça m’a fait plaisir de jaser avec vous. Comme toujours, chers auditeurs, si vous n’êtes pas encore abonnés, faites-le, s’il vous plaît. Assurez-vous de ne jamais manquer aucun de ces épisodes mensuels. Merci encore d’avoir été avec nous. Je suis Steve Legler. À la prochaine.

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