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S1:E27 | Cultiver l’appartenance et la confiance grâce au cinéma

S1:E27 | Cultiver l’appartenance et la confiance grâce au cinéma

Purposeful Planning Podcast


Conférencière(s) invitée(s) : Arielle Nóbile, cinéaste de l’héritage, Legacy Connections Films
Animateur : Steve Legler, MBA, FEA, CPCC, coach et conseiller en héritage familial chez TSI Heritage

Description :

Une conversation sur la façon de créer un plus grand sentiment d’appartenance, de confiance et d’empathie au sein de nos propres familles, des familles avec lesquelles nous travaillons et de la communauté au sens large.

Points abordés :

–La série documentaire « Belonging in the USA: Stories from our Neighbors »

–Comment le cinéma pour les familles peut faire partie intégrante d’un plan d’héritage qui vise à faire plus que transmettre le capital financier,

–Pourquoi l’écoute est la clé.

À propos de notre conférencière :

Après avoir obtenu un BFA de la Tisch School of the Arts de l’Université de New York, Arielle Nóbile a étudié la mise en scène au Second City Theatre de Chicago, puis a enseigné à Second City et au Piven Theatre. En 2005, Arielle a fondé Legacy Connections Films, utilisant le cinéma comme outil pour aider les familles à réfléchir, entre générations, à leur héritage, à leur identité et à leur vision collectifs. Elle a créé plus de 100 documentaires personnels pour des clients, courts et longs métrages, abordant des thèmes comme la dynamique familiale, la dépendance, la santé mentale, la classe sociale, l’appartenance et les liens.

Elle a créé en 2010 une série documentaire de 6 épisodes pour la télévision publique locale, intitulée Belonging in Boulder: Unexpected Stories from Your Neighbors, qui a remporté un prix Hugo Television Award. Arielle a été inscrite à la liste des 10 cinéastes à surveiller du magazine « The Independent ». Elle est la créatrice de la trilogie documentaire Belonging in the USA: Stories from our Neighbors. Le premier film de la trilogie, Belonging in the USA: The Story of Michael D. McCarty, a été présenté en première au Pan African Film Festival de Los Angeles et a remporté plusieurs prix, dont celui du meilleur documentaire au festival Border Scene au Nouveau-Mexique. Il doit être diffusé à l’échelle nationale sur PBS à la fin de 2023. La conférence TEDx d’Arielle, The Simple Act of Listening Can be Revolutionary, résume ce qu’elle a appris en près de deux décennies de réalisation de documentaires.

Pour en savoir plus : https://purposefulplanninginstitute.com/podcasts/s1e27-cultivating-belonging-trust-through-filmmaking/


Transcription

STEVE: Bonjour et bienvenue à un autre épisode du balado PPI, présenté par le Purposeful Planning Institute. Je m’appelle Steve Legler et je suis heureux d’être votre animateur invité pour cet épisode. L’invitée d’aujourd’hui est quelqu’un que j’ai appris à connaître grâce au PPI au cours des dernières années, et j’ai hâte de l’aider à faire connaître une partie de son travail à notre communauté. Arielle Nóbile est cinéaste de l’héritage et musicienne. Alors, souhaitons la bienvenue à Arielle au balado du PPI.

ARIELLE: Merci, Steve. Merci de m’accueillir. C’est un plaisir d’être ici.

STEVE: L’une des choses que j’ai préférées depuis que je me suis joint au PPI, c’était pendant les appels : chaque fois qu’on présentait quelqu’un, on lui demandait de raconter son « Purposeful Odyssey », c’est-à-dire essentiellement comment cette personne a commencé dans ce domaine et le chemin sinueux qui l’a menée là où elle est aujourd’hui. Je connais donc un peu le vôtre, mais j’ai bien hâte de vous entendre essayer de le résumer en quelques minutes.

ARIELLE: Je dis toujours que je suis devenue cinéaste de l’héritage par regret et par désir de ne plus avoir de regrets, parce que j’ai eu trois arrière-grands-mères que j’ai pu connaître, dont la dernière est décédée quand j’étais en première année d’université. Elles faisaient vraiment partie de ma vie, et j’avais aussi mes deux couples de grands-parents. Et quand ma dernière arrière-grand-mère était rendue à un âge avancé, j’ai pensé à l’interviewer, à la filmer et à recueillir son histoire. C’était une Américaine de première génération qui avait vécu dans le même immeuble qu’Al Capone, apparemment, qui sait, c’est la légende familiale que nous avons dans l’ouest de Chicago. Bref, pour faire une histoire courte, je ne l’ai pas interviewée et je le regretterai toujours, parce qu’elle est décédée littéralement un mois après que j’ai eu l’idée de l’interviewer, pour ainsi dire sans avertissement. Je me suis dit : « Wow, c’était un signal d’alarme. Le temps passe. » Cependant, je n’étais toujours pas assez sage, ou assez âgée, ou peu importe, pour interviewer mes grands-pères, qui sont tous deux décédés quand j’avais environ 20 ans, puis 22 ans. J’ai donc lancé mon entreprise en interviewant ma grand-mère, celle qui est toujours vivante, elle a 93 ans. Et c’est ce qui m’a lancée dans cette « Purposeful Odyssey », j’imagine qu’on peut l’appeler ainsi, parce que j’ai passé presque les 20 dernières années à interviewer des centaines de personnes de tous les horizons sur leur histoire, leur parcours, leur odyssée dans la vie, leur voyage du héros. Et ça a été un tel privilège de faire ça, j’ai tellement appris et j’ai vraiment créé beaucoup de sens, pour les autres, je l’espère, mais assurément pour moi-même au fil du processus.

STEVE: Très intéressant. J’adore quand nous rencontrons des gens et que c’est une histoire aussi personnelle qui les a menés là où ils sont aujourd’hui. Et vous avez choisi comme titre pour ce balado « cultiver l’appartenance et la confiance grâce au cinéma ». Vous avez parlé de filmer des membres de la famille, mais vous avez aussi réalisé toute une série documentaire intitulée Belonging In The USA. Pouvez-vous nous donner un peu de contexte sur la façon dont tout cela s’imbrique dans le message que vous voulez transmettre à notre communauté?

ARIELLE: Oui. Alors Belonging In The USA: Stories From Our Neighbors est une trilogie de films documentaires que j’ai commencé à créer en 2017. Le premier est l’histoire de Michael D. McCarty, qui sera, je l’espère, diffusé; il a été accepté par PBS (nous cherchons du financement en ce moment). Et ces histoires sont des films sur des voyages du héros, sur des personnes à qui la société en général a dit, d’une façon ou d’une autre, qu’elles n’avaient pas vraiment leur place et qu’elles ne devraient peut-être pas exister, et sur la façon dont elles ont surmonté les pressions extérieures, les circonstances et les épreuves pour vivre une vie épanouie, pleine de sens, et inspirer d’autres personnes. Et l’idée derrière ça, c’est que j’ai réalisé au moins 150 films et documentaires au fil des ans, mais ils sont tous privés. Alors une partie de mon désir de faire cette série était de faire connaître la puissance de ce travail, parce que j’ai vu à quel point il peut être transformateur et puissant dans les familles. Et je sens aussi que nous sommes à un tournant, en tant que monde, où nous devons vraiment nous concentrer sur le développement de plus d’empathie. Et je pense que nous pouvons le faire par la narration, par l’écoute, par la curiosité et en apprenant à connaître les gens, parce que j’affirmerais vraiment que n’importe quelle personne que vous croiseriez dans la rue, si vous preniez le temps d’entendre toute son histoire, vous seriez fasciné et vous tomberiez probablement en amour avec elle, même si elle semble être quelqu’un que vous ne voudriez pas connaître.

STEVE: C’est fascinant. Vous parlez de faire des films de façon privée pour des familles, du fait que vous avez vu à quel point c’était puissant, et que vous vouliez maintenant étendre ça en quelque sorte. Et maintenant, vous avez un peu un pied dans chaque camp. Vous savez ce que vous pouvez faire du côté privé, et maintenant vous parlez d’avoir quelque chose ici sur PBS. Ça doit être excitant.

ARIELLE: Ça l’est, et c’est un autre genre de vulnérabilité, parce que les familles sont forcément très vulnérables. Et une partie de l’aspect appartenance de tout ça, c’est que j’ai toujours remis en question mon propre sentiment d’appartenance et que j’ai lutté avec lui, jusqu’à ce que je réalise vraiment que c’est un travail intérieur, alors que je le cherchais à l’extérieur et que je cherchais une sorte d’approbation externe. Je pense que beaucoup de familles ont aussi du mal avec ça, quand il y a des moutons noirs, et où est-ce que je m’insère, et toutes ces choses. Et donc le processus d’entrevue que je fais vivre aux gens depuis toutes ces années est très intense et très puissant, parce que je passe, avec les principaux narrateurs, je passe trois à quatre heures au moins quatre fois. On parle donc de 16 heures d’écoute profonde, je l’appelle l’écoute révolutionnaire, ce que nous n’avons tout simplement jamais l’occasion de faire. La plupart des choses que nous faisons, c’est pendant une heure, peut-être deux, de conversation (je veux dire, la thérapie, c’est quoi, 15 minutes, et je ne suis pas thérapeute), mais le processus de raconter notre histoire est thérapeutique.

ARIELLE: Alors le processus de réflexion que je fais vivre aux gens en entrevue est tellement guérisseur, parce qu’ils ont la chance d’être écoutés de cette façon très profonde et d’être vus de façon très profonde. Et donc ce que j’ai constaté, c’est que cette expérience est transformatrice, à la fois pour la personne qui est entendue et vue. Et pour moi aussi, en fait, j’en retire beaucoup, ça guide bon nombre de mes choix dans la vie et ça m’a ouverte à tellement de choses; égoïstement, j’adore ce que je fais pour cette raison. Mais l’autre côté de la médaille, c’est que je voulais faire connaître ces autres histoires plus largement. Et il a fallu que ces personnes soient assez vulnérables pour dire : « D’accord, je vais raconter comment j’en suis venu à avoir un sentiment d’appartenance et comment je cultive l’appartenance. » Maintenant, vous pourriez regarder ces trois films et ne pas, ce n’est pas comme s’ils étaient explicites, qu’on y parlait d’appartenance tout le temps. C’est dans le titre, pour faire naître cette question dans l’esprit du spectateur : qu’est-ce que ça a à voir avec l’appartenance? Et donc, c’est en quelque sorte mon objectif avec ces films, de susciter cette curiosité. Et aussi, pour la partie « histoires de nos voisins », je crois que nous sommes tous voisins dans le monde. Et nous devons commencer à nous voir de cette façon et à nous traiter comme des voisins. C’est cette idée d’amour humain, fraternel et sororal.

STEVE: On dit qu’une fois qu’on apprend à connaître quelqu’un, il est difficile pour cette personne d’être notre ennemie. Et toute votre idée de passer du temps avec les gens et de leur permettre, c’est presque un processus thérapeutique pour eux de raconter. Et je me demande simplement, quand vous faites ça avec des leaders familiaux pour recueillir leur histoire, et le fait que ce soit privé, est-ce que ça leur facilite parfois les choses de savoir que ce ne sera vu que par la famille? Et puis on entend les histoires d’aînés qui ne pensent pas que quiconque veuille entendre leur histoire, et qui sont toujours surpris quand leurs enfants et petits-enfants entendent des choses qu’ils ne savaient pas, que c’est en quelque sorte révélateur, que ça commence à façonner le récit familial et que c’est très utile.

ARIELLE : Oui, il y a plein de questions là-dedans. Mais je dirai qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement guérisseur et de très vulnérable. Je viens d’écouter un livre d’Oprah qui s’intitule What Happened To You, que je recommande vraiment fortement. Et elle disait qu’à la fin de chaque entrevue qu’elle a faite, et c’est vrai pour moi aussi, je dirais que deux personnes me regardent et me demandent en quelque sorte : « Comment je m’en suis tiré? Est-ce que c’était correct? » Peu importe à quel point elles ont réussi, nous avons tous ce genre de désir, nous sommes tous des enfants à l’intérieur. Mais une partie de ce qui est unique dans ma façon de faire ces films pour les familles, c’est que j’ai décidé il y a quelques années que nous ne travaillerions qu’avec des familles où trois générations feront entendre leur voix dans l’histoire. Donc il ne s’agit pas seulement des aînés, du genre « voici ce qui s’est passé et voici mon histoire, sur laquelle je pontifie »; c’est un processus de réflexion pour toute la famille. Et ça donne vraiment un effet miroir, et il y a des rétroactions des plus jeunes générations : « Voici ce que je pense que notre histoire est. Voici ce que je ressens dans cette famille. » Et une grande partie porte sur la culture de la famille et l’ambiance. Il y a donc là une vulnérabilité incroyable. Mais je prépare aussi toujours chaque entrevue, et c’est vrai pour les documentaires publics aussi, en disant : « Si vous me dites quoi que ce soit que vous ne voulez pas que quelqu’un d’autre entende un jour, personne ne l’entendra jamais »; mon monteur et moi allons le couper. Il ne s’agit pas de vous exposer ou de vous démolir, il s’agit de votre propre processus de découverte de soi. J’adore voir les gens avoir des révélations, des moments d’illumination, et en venir à voir leur propre vie sous un nouvel angle. Parce que pour moi, c’est vraiment de ça qu’il s’agit, pas seulement de « voici l’histoire de la famille ». Je viens du théâtre et de l’improvisation. J’ai enseigné à Second City, à Chicago. Et cette partie de moi fait que je ne laisse pas, les gens n’ont pas à se préparer pour être interviewés par moi. Je ne veux pas vraiment en savoir trop non plus. Je veux peut-être connaître les grandes lignes : « D’accord, cette conversation-là. » Et puis je ne veux même pas trop parler aux gens. Je veux m’asseoir avec une curiosité toute neuve pour dire : « Qui êtes-vous? Dites-moi qui vous êtes. » Parce que j’essaie vraiment d’aller chercher l’esprit et l’âme de la personne, pas seulement les faits, ou les données, ou l’histoire, ou même ses réalisations. Je pense que ce qui est tellement plus fascinant dans la vie, c’est ce qui ne s’est pas bien passé. Et comment on s’en sort.

STEVE : Et ce sont les parties de l’histoire que les gens ne veulent habituellement pas partager, parce qu’elles ne les font pas nécessairement bien paraître? Mais si vous les mettez à l’aise en les écoutant et en leur permettant de s’ouvrir, les moments où les choses ont mal tourné ou les erreurs commises sont souvent là où se trouvent les pépites les plus savoureuses.

ARIELLE : Mais pour revenir à votre question, vous souligniez aussi que c’est privé. Il n’y a donc aucune crainte d’une quelconque culture de l’annulation ou d’un retour de bâton; vous pouvez tout me dire, et croyez-moi, des gens m’ont tout dit. Et donc je ne suis pas là, je suis une observatrice impartiale. Je dirais que, l’ayant fait pour ma famille, et le faisant maintenant pour tant d’autres familles, et ayant cet honneur et ce privilège d’être invitée et d’avoir leur confiance, c’est tellement plus facile de confier ça à quelqu’un de l’extérieur. Ça vaut mieux de le faire, mais wow, que c’était difficile. Je regarde les films que j’ai faits pour ma famille et il y a tellement d’endroits où je n’ai pas pu aller, je ne pouvais tout simplement pas. Il y avait des jugements, il y a des histoires, il y a un passé dans lequel, honnêtement, je ne voulais pas me trouver. Donc je ne suis dans aucun de mes deux films, ce que je ne permettrais pas. Si je pouvais l’éviter avec une famille avec qui je travaille, il faut vraiment que tout le monde participe pour que ça fonctionne de la meilleure façon.

STEVE :  Mais vous soulevez un point : la plupart des membres du PPI travaillent avec des familles, et nous sommes des personnes de l’extérieur pour ces familles. Et si jamais nous devons jouer un rôle semblable au sein de notre propre famille, nous voyons vite à quel point c’est limité. Alors la simple idée de faire appel à quelqu’un de l’extérieur pour pouvoir faire ça correctement souligne tellement de choses sur l’ensemble de notre domaine.

ARIELLE : Oui, mais je dirais que j’apprécie aussi vraiment et que j’accorde de la valeur au fait que j’ai tenté, que je l’ai fait avec ma propre famille, parce que ça m’a donné la perspective et la vulnérabilité de ce que je demande aux gens de faire. Et je demande aux gens d’être extrêmement francs et vulnérables avec des gens avec qui, habituellement, nous, dans les familles, nous avons tous ces rôles que nous avons construits, et nous avons ces étiquettes très figées : celui-là, c’est celui qui se traîne toujours les pieds, et celle-là, c’est la personne contrôlante, et toutes ces choses-là. Mais quand vous arrivez dans une conversation toute neuve avec quelqu’un qui ne vous a jamais rencontré, vous n’avez aucune de ces limites, vous pouvez simplement être vous-même. Et puis dans le film, ce qui est différent dans ce que je fais par rapport à peut-être d’autres conseillers (je ne suis pas une conseillère, je ne me considère pas comme telle, parce que je ne suis pas là pour donner des conseils; je suis là pour être un réceptacle d’une grande écoute), le processus de découverte qui se produit est vraiment puissant, parce qu’ils savent aussi qu’à travers moi, ils communiquent aux membres de leur famille des choses qu’ils ne pourraient peut-être jamais dire, ou n’oseraient jamais dire, ou alors ils me font vraiment confiance pour que je ne, et je le dis très clairement dès le départ, je ne mettrai rien dans les films qui puisse blesser qui que ce soit. Je ne serai pas un instrument de triangulation, rien de tout ça. Mais j’ai fait assez de thérapie moi-même, j’ai une excellente thérapeute, pour savoir ce qui relève de la thérapie et ce qui relève de l’exposition publique. Je dirais ceci : ce ne sont pas toutes les personnes au monde qui sont prêtes à être vues, entendues, ou à réfléchir en profondeur. Alors, une autre chose à propos de ces films, c’est qu’ils donnent aux gens qui ne veulent pas faire ces choses-là, ils voient simplement ça comme : « Je vous raconte simplement mon histoire et les faits. » Il y a toujours une personne dans une famille, dans chacun des films que j’ai faits, pour qui ça fonctionne. C’est sa guérison. Et je pense qu’il y a parfois probablement des gens dans l’avenir, qui ne sont même pas encore nés, qui seront cette personne, pour qui ce film a vraiment été fait. Peut-être que dans 100 ans, ils se diront : « Qu’est-ce qui s’est passé? Oh, j’ai ce film. Je peux le regarder et ça vise tout à fait juste pour moi. Je comprends tout à fait comment je suis devenu comme ça, comment toutes ces choses se sont passées au fil de ces générations. » Ça me donne des frissons d’y penser. C’est tellement emballant.

STEVE : C’est vraiment génial, parce que vous le faites pour un public restreint, pour une famille, et pourtant, cette famille va grandir au cours des décennies et des générations à venir. Il y a donc des bénéficiaires potentiels de votre travail qui ne sont pas encore nés. Et d’une certaine façon, toutes ces histoires des générations précédentes sont toutes en nous, quelque part.

ARIELLE : L’épigénétique.

STEVE : Et on ne le sait pas, et puis quelqu’un, un jour, va regarder quelque chose (et c’est probablement déjà arrivé) qui lui fera vivre des moments d’illumination grâce à certaines de ces histoires.

ARIELLE : Oui, et il n’est jamais trop tard non plus. J’ai une cliente qui est maintenant une amie chère; elle est dans la quatre-vingtaine maintenant, mais elle était au début de la soixante-dizaine quand nous avons travaillé ensemble, et sa mère, qui était dans la quatre-vingt-dizaine, était encore vivante. Et elle est venue me voir pour raconter l’histoire de la famille de son mari, qui a l’entreprise, l’argent et tout le reste. Elle venait me voir pour tout ça, et je lui ai dit : « Attendez, j’aimerais avoir le portrait complet. Votre mère est-elle vivante? » « Elle a 90 ans. » « Quoi, vous avez quatre filles? Vous ne pensez pas que la lignée matriarcale est peut-être un peu importante à raconter? » Alors j’ai aussi fait son côté à elle. Elle avait une relation compliquée avec cette mère, qui était une personne compliquée de l’Oklahoma, du Texas, une dame coriace, et qui était pratiquement aveugle déjà quand je l’ai interviewée. Bref, quand ma cliente a regardé le film de sa mère, elle m’a écrit ensuite, et nous avons pleuré tout du long. Ça a fait remonter tellement de choses pour elle de voir sa mère là-dedans comme un être humain, pas comme sa mère, pas comme la personne à qui des choses difficiles sont arrivées au cours de sa vie, mais comme une autre, comme une semblable. Et sa mère est décédée depuis, et je sais qu’elle le regarde de temps en temps. Nous avons fait beaucoup de films, nous avons fait plus d’un film pour chaque famille. Mais j’ai l’impression que pour cette famille, ce film a été particulièrement guérisseur pour cette personne. Et pour moi, c’est une raison suffisante pour faire de mon entreprise ce qu’elle est et pour être cinéaste de l’héritage, alors que la plupart des cinéastes ne pensent qu’à : « Gagnons un Oscar. Hé, ce serait génial. » Mais d’une certaine façon, je tuais un peu mon ego en choisissant de faire des films privés. Je ne sais pas si j’y suis arrivée, je ne pense pas qu’on puisse tuer notre ego, mais j’ai essayé.

STEVE : Vous parlez du fait que vous n’êtes pas une conseillère, que vous n’êtes pas une thérapeute, mais par votre travail, vous jouez une certaine version de ce rôle de bien des façons. Et vous venez de me ramener à l’époque où je faisais une partie de mon propre travail sur la théorie des systèmes familiaux de Bowen : je suis allé interviewer ma tante pour clarifier certaines choses sur ma relation avec mon père, et je comprends tout à fait ce « Oh mon Dieu, j’ai pu entendre parler de lui comme d’un être humain, plutôt que comme de mon père ». Alors le travail que vous faites est tellement intéressant et profond. Et vous dites que l’écoute est la clé. Alors, si nous voulons que les  auditeurs en retirent quelque chose : quelle est la clé pour que les gens se confient à vous? Vous avez dit : « Croyez-moi, les gens m’ont raconté toutes sortes de choses. » Et dans mon travail aussi, je ne sais pas ce qu’il y a dans ma façon de poser des questions, mais les gens me confient, dès la première fois que je leur parle, des choses que je ne confierais jamais à personne. Alors, quels sont vos trucs pour écouter les gens d’une façon qui leur donne envie de se confier?

ARIELLE: C’est une bonne question. Et je veux aussi dire, en lien avec autre chose que vous venez de dire, au sujet d’un autre potentiel que je vois pour mon travail et dont je ne sais pas s’il a été pleinement réalisé : que d’autres conseillers (si vous voulez m’appeler conseillère) utilisent les films comme outils au sein de la famille pendant des années (et je ne sais pas si ça s’est produit autant que je le voudrais), mais j’y vois le potentiel de quelque chose comme : « Regardons-les chaque année et parlons de ce qui est encore vrai, de ce qui ne l’est plus, de ce qui, de ce qui en est ressorti, de la façon dont ça vous a aidé à grandir, et ne laissons pas simplement ça là. » Il y a cette œuvre d’art qui a été créée.

STEVE: Eh bien, il y a du contenu là, et on peut le laisser sur une tablette, ou on peut le sortir et le partager ensemble en groupe, et apprendre de cette expérience de groupe.

ARIELLE: Tout à fait. Mais je ne pense pas avoir de trucs. Je pense que c’est en partie simplement qui je suis. J’ai l’esprit très ouvert, je suis très intuitive. Je dirais que j’ai cette capacité innée de voir, ça va sembler tellement étrange, mais juste le bébé dans les gens; je vous regarde et je me dis : « Oh mon Dieu. Vous étiez le bébé le plus adorable. » Je le vois. Et je peux voir votre lumière. Chez certains d’entre nous, elle s’éteint, elle faiblit, mais elle est toujours là. Il y a cette étincelle du moi originel que nous sommes. Et donc, parfois, mon travail consiste à aider à la raviver quand elle a beaucoup faibli, ou que les gens sont très cérébraux, ou que les gens sont vraiment fermés, ou ont été traumatisés, peu importe. Et parfois, c’est juste comme : « Wow, ils sont en feu. Je suis en feu. » C’est simplement parce qu’ils ont attendu toute leur vie d’être écoutés comme ça. Je vais parler de Michael D une seconde, qui va passer à PBS. Ma partie préférée de ce film, honnêtement, c’est qu’il l’a regardé. Le film a fait la tournée des festivals. Il a remporté des prix. Nous sommes allés partout au pays. Bientôt partout dans le monde, j’espère. Nous avons fait une projection virtuelle en Finlande, et il adore ce film. Il se sent vu quand il regarde ce film. Il a l’impression que le film représente sa véritable essence. Et ça, pour moi, c’est le plus beau compliment, parce que c’est une personne, si vous l’avez rencontré, plus grande que nature. C’est un conteur professionnel. Il est incroyable et il a ce rire qui n’en finit plus. Mais il y a beaucoup plus de nuances dans qui il est que cette grande personnalité bruyante qu’il montre quand il entre dans une pièce.

STEVE: Vous êtes capable de faire ressortir ça chez lui. Et l’un des mots que je pensais que vous alliez dire, et que vous n’avez pas dit, alors c’est parfait, c’est la curiosité, parce que vous êtes là parce que vous êtes curieuse, et vous n’avez aucun autre objectif que de les écouter et de les aider à raconter leur histoire.

ARIELLE: Je pense que je veux aller plus loin que la curiosité. Je pense que c’est une question d’émerveillement. Je m’interroge beaucoup sur les gens, avec émerveillement. Je suis curieuse à leur sujet. Bien sûr. Mais la curiosité semble intrusive, d’une certaine façon. Ça ressemble à un interrogatoire : je suis curieuse de savoir, dites-moi. Ça semble très cérébral, alors que l’émerveillement semble plus centré sur le cœur. Et c’est plutôt que je m’interroge parfois, surtout dans mon processus d’accueil, qui est très court, aussi court que possible. Je veux en savoir le moins possible. J’essaie de découvrir ce qui s’est passé. Il y a donc une famille avec qui j’ai travaillé qui avait vécu une immense tragédie : leur fille était morte. Elle a été percutée par l’arrière par un semi-remorque à un poste de péage alors qu’elle déménageait pour revenir là où vivait sa famille. Et elle avait invité sa mère à l’aider à déménager.

STEVE: Oh mon Dieu.

ARIELLE: Et sa mère était trop occupée et ne l’a pas fait. C’est une famille milliardaire. Et puis sa fille est morte. Alors j’arrive là-dedans, et j’ai des frissons en racontant l’histoire. J’arrive là-dedans en sachant que c’est en toile de fond de tout. Et en sachant que, depuis, ce couple, qui avait plus de 80 ans au moment où je les ai interviewés, avait vécu beaucoup de turbulences, parce que c’est vraiment difficile de rester ensemble quand on vit quelque chose comme ça, peu importe l’argent qu’on a. Et donc, il y avait honnêtement des limites à ce que je pouvais faire avec cette famille. Mais au bout du compte, son mari est décédé quelques années plus tard. Et c’était une personne très dure. Elle avait tellement de murs autour d’elle, et même là, ils m’ont appelée et ont communiqué avec moi pour voir si je pouvais faire quelque chose de court pour ses funérailles, quelque chose de condensé. Et elle bloquait en quelque sorte le paiement. C’était toute une drôle d’histoire. Et j’ai finalement parlé avec elle au téléphone. Et elle a fini par pleurer et par dire à quel point il avait apprécié, et qu’elle n’avait pas vraiment compris ce que j’avais fait avant qu’il meure. Et ensuite, elle était pleine de reconnaissance, mais c’était comme : « Ahh. » Juste ça. Donc je pense qu’une partie de notre rôle, c’est aussi de tenir l’espace. Je peux contenir beaucoup. Je peux le contenir sans l’absorber. Je peux aider à le contenir. Et je sais aussi quand pousser et quand ne pas pousser.  Mon deuxième film pour la série Belonging porte sur un couple dont les deux membres sont des survivants du génocide argentin, des survivants de la torture, de l’emprisonnement, puis de l’exil. Je ne crois pas à la « pornographie du traumatisme », qui est très répandue dans notre monde aujourd’hui. Alors je ne voulais pas rouvrir ces blessures. Je voulais en mettre assez sans leur faire plus de mal; on marche sur une ligne très délicate. Mais je vais vous raconter ceci, parce que je n’en ai pas parlé dans les premières entrevues. Je l’ai vraiment fait pour un film : dans la ville où je vis maintenant, en Argentine, j’ai interviewé les mères des disparus d’ici, ces vieilles femmes qui se battaient pour savoir ce qui était arrivé à leurs enfants depuis, à ce moment-là, 25 ans. C’est tellement génial, je vais vous raconter l’histoire. Donc, je n’ai jamais rien fait avec ces entrevues. Je les ai données aux familles, mais ce sont les entrevues les plus difficiles que j’ai jamais faites. Elles sont en espagnol. Elles portent sur cette horreur inimaginable qui leur est arrivée. Pas plus tard que la semaine dernière, une petite-fille de 23 ans de l’une de ces femmes a communiqué avec moi. Elle étudie le cinéma et veut faire quelque chose sur sa grand-mère; elle était encore bébé quand nous nous sommes rencontrées. Je vais lui donner les images des entrevues que j’ai faites avec sa grand-mère. Elle va en faire quelque chose de magnifique. Et ça me rend tellement heureuse; on ne sait jamais.

STEVE: On ne sait jamais. Arielle, je pense que nous arrivons à la fin de notre temps ici. Je dois donc vous remercier. Ce fut merveilleux (pour reprendre votre mot, « émerveillement ») d’en apprendre davantage sur votre travail, et que vous partagiez vos réflexions avec la communauté du PPI. Merci beaucoup.

ARIELLE: Tout le plaisir est pour moi. Merci,

STEVE: Chers auditeurs, merci d’avoir été avec nous. Je suis Steve Legler. À la prochaine.

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