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La façon dont nous racontons ce qui arrive est essentielle
Depuis une dizaine d’années, j’ai passé une bonne partie de mon temps à converser avec des gens du monde des entreprises familiales.
Bon nombre d’entre eux font partie d’entreprises familiales actuelles ou passées, et d’autres sont des pairs qui servent maintenant de telles familles. (Et beaucoup cochent les deux cases!)
Ce qui ne cesse de me fasciner, c’est à quel point de nombreuses histoires saisissent non seulement ce qui s’est produit, mais aussi la façon dont les choses se sont déroulées pour tous les membres de la famille, et à quel point les répercussions peuvent être vécues de façon si différente par chacun d’eux.
Un grand exploit pour une personne peut avoir l’effet inverse pour d’autres membres de la famille, pour toutes sortes de raisons.
Apprendre à relier les histoires entre elles pour en faire un récit familial commun peut être une démarche utile.
Au moins, j’en ai tiré une histoire!
Savoir raconter une histoire est un art et, pour une raison ou une autre, j’ai reçu le don d’être au-dessus de la moyenne dans ce domaine.
C’est une bénédiction qui peut aussi être une malédiction, car ceux qui sont moins doués me laissent souvent raconter une anecdote parce que je peux la livrer avec plus d’entrain que la personne qui voulait au départ la raconter à un groupe.
Il vaut aussi la peine de faire place aux différentes versions de la façon dont un événement a été vécu par ses différents protagonistes.
Mais en raison de mon penchant pour raconter les événements inattendus avec éclat, j’ai toujours l’antenne levée pour les capter, et même une chose banale me fera me dire : « Eh bien, au moins, j’en ai tiré une histoire! »
La version de Jessica Holmes
Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de présenter quelqu’un sur scène avec des mots comme : « Elle a fait la première partie d’Oprah et de Jerry Seinfeld… », mais le 28 mai 2024, c’est exactement ce que j’ai fait.
C’était dans le cadre de mon rôle de coanimateur du Symposium annuel de Family Enterprise Canada, et la conférence d’ouverture a été superbement livrée par Jessica Holmes, après cette présentation qu’elle avait griffonnée sur un bout de papier 10 minutes avant que je la présente.
Sa présentation a été le point culminant de la conférence pour bien des gens, car elle a laissé tout le monde avec bien des choses sur lesquelles réfléchir de nouvelles façons.
Pour moi, ce qui a vraiment porté, ce sont les passages sur « l’histoire » qui parsemaient son discours.
C’était quelque chose qui lui venait de ses parents, et qu’elle transmet maintenant à ses enfants, puisque le fait d’obtenir « l’histoire » est devenu une grande partie de leur folklore familial.
Sa formule « On paie pour l’histoire » était un rappel constant de persévérer face à des situations difficiles qui l’auraient autrement poussée à rebrousser chemin.
Transformer des histoires en récit
Holmes a raconté une anecdote où elle et son fils faisaient du kayak de mer et où les vagues l’ont fait hésiter et ont failli la faire rebrousser chemin plutôt que de poursuivre l’itinéraire prévu.
C’est son fils qui lui a rappelé le désir d’obtenir l’histoire pour laquelle ils avaient « payé » en louant l’embarcation, et elle était heureuse de raconter que cette tradition familiale avait bel et bien été assimilée par son enfant.
Quand les histoires familiales sont partagées, elles peuvent faire partie de la marque familiale, des valeurs familiales et de la façon dont la famille se perçoit.
Il n’est pas nécessaire d’avoir une entreprise familiale pour s’en rendre compte, ni un grand patrimoine familial, mais ces familles ont encore plus de raisons de prêter attention à ces choses, car elles peuvent être essentielles à l’engagement et à l’alignement de la famille, qui sont si utiles lors de la transition d’une génération à la suivante.
Le fait de partager et de comprendre comment la famille en est arrivée là où elle est aujourd’hui devient partie intégrante du récit de la famille; la façon dont elle se voit et se présente, tant à l’interne, entre ses membres, que même à l’externe, auprès des autres parties prenantes et du monde en général.
La bataille et la guerre comme analogie
Comme j’adore les métaphores et autres analogies, elles ne sont jamais bien loin dans mon esprit.
Le truc, c’est d’apprécier ce qu’elles apportent tout en les nuançant et sans trop s’en éprendre.
C’est le cas de celle-ci, qui m’est venue pendant la nuit : les histoires sont comme diverses batailles, tandis que le récit est la guerre.
J’aime le fait qu’on puisse perdre certaines batailles et pourtant gagner la guerre.
Et n’oublions pas ce qu’on dit des livres d’histoire : ils sont écrits par ceux qui ont gagné la guerre.


