Si ce n’est pas brisé, faut-il le briser?
L’un des endroits où je vais chercher de l’information et de l’inspiration dans mon univers professionnel, c’est LinkedIn. J’y trouve énormément de contenu utile et plein d’idées de blogue chaque semaine.
J’y ai aussi « rencontré » de nouveaux collègues formidables au fil des ans, dont plusieurs que je n’ai pas encore rencontrés en personne, mais dont la plupart, je les ai rencontrés sur Zoom.
Récemment, j’ai vu une vidéo d’un dirigeant d’entreprise familiale d’ici qui, avec sa fille, racontait certaines des façons dont ils s’adaptaient à la réalité de ce monde frappé par la pandémie.
L’un des messages clés qu’ils ont partagés portait sur l’art japonais ancestral du kintsugi, ce qui a provoqué chez moi un moment « eurêka » et a été l’élément déclencheur de ce billet.
Le revoilà, encore une fois
L’angle du kintsugi était déjà sur mon radar, mais en raison de ma prise de notes négligente, je ne me souviens pas où j’en ai entendu parler pour la première fois.
Quand j’ai vu cette vidéo, j’ai rapidement pris une note cette fois-ci, afin de bien mettre en contexte mon blogue à ce sujet. J’y ai aussi vu un signe qu’il était maintenant temps d’écrire ce billet.
Les lecteurs réguliers se souviendront peut-être que j’ai déjà été inspiré par quelque chose venant du Japon, ayant publié Ikigai : un « modèle à quatre cercles » du capital humain en 2019.
Alors, qu’est-ce que le kintsugi?
Vous en avez probablement déjà vu une version sans savoir qu’il s’agit d’un style d’art, originaire du Japon, où un pot, une assiette ou un bol est brisé en morceaux, puis réassemblé.
L’art réside dans la façon dont il est recollé, avec des substances semblables à de la colle, rehaussées d’or ou d’autres éléments « raffinés ».
Le résultat est une pièce réassemblée, désormais plus belle et plus spéciale que l’originale.
Et le lien avec l’entreprise familiale, c’est…?
Bien sûr, il y a aussi un angle de résilience ici, qui est très d’actualité en raison de la pandémie qui s’éternise.
Presque tout le monde a vécu, ou continue de vivre, une forme d’effondrement, et il est important de normaliser cela.
De plus, nous devons réaliser qu’après une épreuve, il est possible d’en ressortir plus fort et plus beau qu’avant.
J’ai aussi pensé à d’autres angles propres aux familles en affaires qui pourraient s’inscrire dans la métaphore du kintsugi.
Certains peuvent sembler un peu tirés par les cheveux, et c’est correct aussi; j’utiliserai simplement un peu plus de cette « colle dorée » sur ceux-là pour que ça fonctionne.
Les membres de la famille ne sont pas tous égaux
Nous savons tous que les membres d’une famille ne sont pas égaux, puisque chaque personne a ses propres forces et ses propres désirs, ce qui rend la contribution de chacun unique.
Il y a souvent des personnes qui vivent des difficultés dans la vie, qui peuvent être totalement involontaires ou dont elles sont en grande partie responsables.
Quoi qu’il en soit, elles demeurent membres de la famille, même si elles sont peut-être un peu « brisées ».
L’une des forces de certaines familles en affaires, c’est leur étonnante capacité à aider ces membres « brisés » de la famille, et même à les recoller et à les rendre plus forts, en trouvant des façons d’en faire des membres qui contribuent au groupe.
Le récit familial, avec toutes ses imperfections
Un autre domaine où je pense que le kintsugi pourrait s’appliquer, c’est le récit familial.
La narration semble être très à la mode en ce moment, et créer et partager le « récit familial » est devenu un exercice précieux pour bien des familles.
Il est crucial de partager les échecs et les rétablissements, pas seulement les réussites, lorsqu’on raconte l’histoire du parcours qui a mené la famille là où elle est aujourd’hui.
Pour en savoir plus à ce sujet, écoutez ce balado que j’ai animé récemment. The Family Business Myth and the Hero’s Journey
La fin ou la relance de l’entreprise familiale
J’ai une autre métaphore possible du kintsugi pour les familles en affaires à vous proposer, et elle concerne les situations où l’entreprise familiale qui a créé le patrimoine ne fait plus partie du portrait.
Quand une entreprise familiale est vendue et qu’il y a un « événement de liquidité », la famille peut parfois avoir du mal à définir des raisons de rester unie pour continuer à gérer son patrimoine et ses actifs.
J’imagine l’entreprise comme le pot ou le vase qui a été brisé, et le travail de la famille pour créer des façons et des raisons de rester unie comme le fait de recoller les morceaux d’une manière plus solide et plus belle.
Le kintsugi, un sport d’équipe?
J’ai utilisé le mot « créer » plus haut, et j’aurais peut-être dû utiliser « cocréer » à la place.
La continuité de la famille en affaires est véritablement un sport d’équipe, et elle doit faire participer un certain nombre de personnes si l’on veut qu’elle ait la moindre chance de « tenir » d’une génération à l’autre.
Plus il y a de personnes qui participent à son assemblage, mieux elle fonctionnera, et plus elle sera belle. C’est vraiment un art.
